11 mar 2010

Pourquoi je pète un cable ??!!

Tag: Psychologie EsotériqueKhaled @ 16 h 31 min

Nous connaissons tous à un moment ou à un autre, et sans prendre de risque, à plusieurs reprises, des crises. J’entends par là, des moments de dépression ou une grosse colère, venue de « je ne sais où », remonte à la surface, éclate. C’est un mélange de colère, de stress, d’anxiété, bref, une crise.

C’est une crise qui peut subvenir après avoir lu où entendu certain propos. Lorsque que quelque chose ne va pas comme on le souhaite, etc…

On cherche la plus part du temps, sans une prise de conscience exacte du processus en cours, dont nous subissons les effets sans en connaître la cause, le motif. La crise elle-même, et les émotions qui en résultent ne sont que les effets sous sous-jacents, l’expression compulsive d’un mécanisme d’autodéfense.

Reste à savoir « qui attaque » et qui « défends » qui et quoi.

Plutôt que de développer le sujet en premier lieu, et conclure par la réponse, l’identification du processus et le nommer. Nous ferons le contraire.

D’un point de vue spirituelle, la crise est la résistance de l’ego face aux changements que propose la vie (notre Soi). Plus la résistance de l’ego, face à ses changements proposés est grande, plus la crise est intense. Et plus l’urgence du changement est grande et pressante.

Nulle autre raison.

Nous avons vu ultérieurement, que lorsque un être ne s’exprime pas, l’énergie en lui ne circule plus, ou presque plus. Le résultat de cette énergie morbide et inerte, crée des bouchons qui atténuent la circulation de l’énergie divine en nous. Ces bouchons sont appelés TES (Tampons d’Energie Stagnantes).

Cette énergie Divine par nature, en plus d’être dénaturée. C’est-à-dire utiliser dans un but créateur destructif, négatif, au lieu d’un but créateur constructif, positif, devient quasiment une énergie morte, néfaste, putride.

Cette marre d’eau croupie est sans cesse alimentés par les peurs, les schémas compulsifs etc.

Cette proposition de la vie, de nos Soi, vise à « refaire » circuler normalement la shakti. A faire « péter » ces TES. Une invitation à la vie, pour ceux qui sont mort vivants.

C’est là que l’ego, bien « content » de ce qu’il est en état, refuse ce changement. Plus il résiste à ce torrent d’énergie vivante, plus la crise extérieure est intense, virulente et destructive. Imaginez une tasse de café, qui tente, en se mettant sur sa route, de contenir ou stopper le flot d’une cascade.

Avant de poursuivre, repensez à une de vos crises récentes, ou qui vous a fortement marqué, puis à la lumière de ces « informations », prenez conscience qu’à ce moment là, votre crise n’est que le résultat du refus de votre ego au changement.

La bonne chose, après peut être quelques déceptions du « moi idéalisé », c’est qu’aucunes de vos crises à l’avenir ne passeront inaperçues. Il sera noté en vos esprits, vous, désireux de vérité :

« Je suis entrain de résister aux changements proposés par Dieu, pourtant il y a urgence ».

Du coup chacun est plus à même, de manière consciente est constructive, de chercher à définir ou voir, où se situe le changement. Et la nature de la résistance.

Que de bonne nouvelle !!!!!

Il faut bien prendre conscience d’une part, dans quelle mesure ces TES se forment, le rôle du refus d’expression de la négativité, et de l’entretien de l’ensemble de ce mécanisme.

-L’Énergie divine est à la base, un élan créateur, constructif, positif.

-Cette Énergie a été dénaturé, c’est-à-dire, utilisée à l’inverse de son but initial. (Noter au passage le degré de liberté que nous concède le Divin ^^).

-Cette Énergie dénaturée, que contient, stock, un être, est une force inerte, qui en plus d’être négative, ne circule pas par manque d’expression. En refusant d’accepter, d’exprimer cette énergie négative (ce que l’on appelle communément le « mal ») on refuse une partie de nous même. Et on ne se permet pas de « redonner » sa nature originelle à cette énergie, qui fait ce que nous sommes….

(Relire pour une meilleur compréhension, sur ce sujet de la négativité le post « Exprimer le mal pour redevenir Dieu »).

Donc, voyons comment nous retombons ainsi sur notre sujet du jour.

L’invitation au changement, est un élan, une impulsion qui peut permettre de redonner du mouvement, d’ébranler ces TES, et ainsi refaire circuler d’une manière satisfaisante la shakti.

C’est une opportunité de briser ses vieilles structures mentales et égotiques, auxquelles on s’accroche et qu’on aime par-dessus tout. C’est une sécurité, bien qu’illusoire, entretenant paresse spirituelle, refus de changement et tiédeur.

Là où l’énergie stagne, il n’y a pas de possibilité de libérer et manifester les potentialités qu’elle représente.

Refuser, résister au changement, dénote déjà l’emprise de l’ego sur notre vie. Ce n’est pas Dieu qui est présent en nous, mais l’ego présent à notre place. De ce fait, c’est lui qui existe et pas nous. Pourtant, faire table rase, en acceptant le changement, donne la possibilité de briser, faire disparaître ces vieilles structures et en reconstruire d’autres, plus saines. C’est ainsi que la vie nous secoue. Imaginez un tapis, avant de pouvoir le laver, il faut le secouer, voire le battre comme plâtre (lol), afin que la poussière, toutes les merdes qui sont collées dessus, se détachent. Ce n’est qu’après que le nettoyage est possible.

Seul un être qui vit dans la peur et dans la négativité peut craindre le changement, l’envisager comme une menace et croire que ce dernier puisse lui nuire. Mais c’est à la vie même qu’il résiste, à Dieu en lui. Et plus il résiste, plus la souffrance s’accroît.

Autant pour une évolution globale, que pour une évolution spécifique. La crise peut apparaître, autant d’une manière générale, que sur un aspect spécifique qui nécessite un changement.

On a peur de la crise, de la dépression, puis c’est la peur de la peur d’avoir une crise, et ainsi de suite. Les peurs s’accumulent et grandissent en intensité. A l’arrivée on ne sait même plus le pourquoi du comment, impossible d’y remédier sans une introspection courageuse et difficile.

Seul existe la peur.

Khaled :acute:


06 mar 2010

Elias

Tag: Essais, Thèses, Romans (extraits)Khaled @ 11 h 04 min


« – Cher monsieur, ne vous laissez pas abattre, voilà près de deux ans que nous nous voyons, et vous avez fait, je vous l’affirme, de considérables progrès. Votre dépression et ces quelques troubles qui remontent aujourd’hui à la surface ne sont que le contre-coup de l’anniversaire de vos quarante ans, la semaine dernière. Cette fameuse crise de la quarantaine, par où la quasi-totalité des hommes passent un beau jour. Vous faites le deuil de votre jeunesse tout en faisant le bilan de votre vie, tant sur le niveau sentimental, social et professionnel. Songez aux nouvelles perspectives qui s’offrent à vous, à cette position qui vous attend en acceptant de voir votre vie sous un angle différent. Allons, vous faites grise mine, allongez vous, nous allons commencer notre séance.

-Non non, ça ira merci, je ne souhaite pas m’allonger aujourd’hui. En fait, je ne tiens plus à me coucher face à vous et ce que vous représentez. Bien que je sois seul responsable de cette situation, que j’ai moi-même fait naître et entretenue, je prends cette même responsabilité pour y mettre un terme. Comme vous le dites si bien, cela fait près de deux ans que je vous consulte, et la seule chose que je peux voir c’est la somme d’argent que représentent toutes mes consultations, quand après tout ce temps vous ne m’appelez toujours pas par mon prénom. De toute façon, je ne tiens pas à m’étendre en explications, je suis venu vous dire au revoir et merci. Merci de m’avoir fait prendre conscience que je suis le seul à pouvoir me sortir de ce marasme intérieur, que je cultive et nourris.

-Je vois. Laissez moi vous dire que c’est un cas classique et vous n’êtes pas le premier à vous retourner contre la main qui vous est tendue, encore plus envers celui qui a axé sa vie sur l’étude de la psychologie, qui vous comprend et peut vous aider. Tout refuser n’est pas condamnable et je suis certain que nous pourrons passer cette épreuve ensemble !!.

-C’est hallucinant de vous entendre déblatérer de telle connerie, putain, et dire que ça fait deux ans que je paie pour écouter de telles sornettes. Quel genre de cursus scolaire vous avez bien pu faire, combien de temps vous faudra-t-il encore pour que j’aille mieux ?!! Passer cette épreuve ensemble ? Parfois je préfèrerais être sourd… Vous trouvez cela normal que je me sente aujourd’hui bien plus désœuvré qu’a notre première rencontre ? Vous savez quoi ? Je ne souhaite pas avoir votre avis, ceci est ma décision et je l’assume, et pour me faire un petit plaisir je suis venu vous dire au revoir et je vais partir sans vous payer !! Je vous emmerde mais vous tire tout de même mon chapeau, car vous réussissez à vous convaincre que vous aidez les gens de cette façon, tout en dormant sur vos deux oreilles, allongé sur ce lit et dans votre
appartement si richement décoré, payé sur la souffrance des autres.»

Je me levai d’un bond, en lui lançant un regard narquois et ironique. Je ne sais même pas ce qu’il m’a dit en partant, je sais seulement que ça m’a fait du bien. Je claquai la porte, descendis les trois étages en prenant l’escalier, d’une traite. J’avais besoin d’air, un air nouveau, le sentir remplir ma poitrine et fourmiller en moi.

Plusieurs semaines que je rêve de cet instant : prendre conscience de la supercherie dont je me suis moi-même vêtu.

J’ouvris la porte de l’entrée, fis deux pas à l’extérieur, et remplis profondément mes poumons. Pendant un instant, un bien court instant, je me sentis euphorique et prêt à déplacer des montagnes. Puis d’un coup, le seul fait de traverser la rue, quand j’aperçus le « petit bonhomme vert » s’illuminer, me parut une tache ardue, tel Moïse écartant les eaux. Mes jambes vacillèrent, ma tête tourna et mon souffle se fît court.

« Merde, me voilà seul ». Je fis quelques pas sans voir, sans entendre quoi que ce soit. Je ne pourrais même pas dire de quelle manière je réussis à atteindre ma voiture garée à moins de cent mètres de là. Je montai à l’intérieur, fermai portes et verrous. Puis, le trou noir.

Je repris conscience en plein milieu de la nuit. Ma tête me faisait mal, ma vue était trouble. J’avais l’impression de m’être tapé la cuite de l’année. Je refermai les yeux et ne les ouvrai qu’au matin.

Je m’étire doucement, le corps lourd et endolori, la bouche pâteuse et le regard trouble. J’ai l’impression d’avoir dormi pendant une semaine dans un emplacement qui fait la moitié de ma taille. La lumière du jour me brûle les yeux, et je ne sais même pas quel jour nous sommes. Je n’ai qu’une idée en tête : rentrer chez moi, prendre une bonne douche et me mettre au lit. Je prends mon téléphone portable. Il est onze heures onze. Deux fois onze tiens, ça doit pas arriver souvent de tomber sur ce genre de chiffre double.

Mardi !! J’ai déjà deux heures de retard pour le boulot, mais j’en ai strictement rien à foutre, je n’irai pas bosser aujourd’hui, ni même cette semaine tiens. Cette seule pensée me remplit d’un bien être qui est franchement le bienvenu dans ce chaos intérieur qui m’habite depuis que j’ai claqué la porte au nez de l’autre pignouf. Je soupire de plaisir à l’idée de ne pas faire ma tournée, de ne pas être plein de speed au milieu des embouteillages avec ce putain de camion. Qu’est ce qui m’a pris ce jour là, de prendre cette place de chauffeur-livreur ? Au pire des cas, j’aurais pu choisir autre chose que l’électroménager, je n’aurais pas eu à porter ces frigos, ces machines à laver, tous ces trucs encombrants et lourds.

J’appelle mon responsable. Je n’ai même pas envie de lui mentir ou d’inventer n’importe quel bobard. Ca va lui faire drôle, moi qui ne suis jamais en retard, qui ne râle jamais, qui ne rechigne pas à faire des heures supplémentaires ou encore à supporter le caractère de merde du patron et de sa conne de femme.
A peine la « nouvelle » annoncée, voilà que ce con se la joue autoritaire et menaçant, exigeant ma présence en prétextant son embarras, le retard des livraisons et le courroux du boss. J’ai grave kiffé face à son balbutiement quand je lui ai rétorqué que je lui pissais au cul à lui et son patron, que, quoi qu’il advienne, je ne viendrais pas pendant une semaine, et qu’il pouvait s’asseoir sur ses menaces de licenciement en lui rappelant brièvement la législation en cours, pour pouvoir se permettre de virer un employé. Et un quasi orgasme m’a envahit en imaginant sa tête quand je lui ai raccroché au nez.

J’ai besoin de me reposer, de me retrouver un peu. Je vais m’enfermer chez moi et dormir. Couper mon téléphone fixe et mon portable, éteindre mon pc, fermer volets, fenêtres et porte. Plein d’une certaine ivresse, je démarre ma voiture, m’arrête rapidement pour m’approvisionner au Casino du coin. Et là… il faut que je tombe sur mon ex, cette salope.

Sept ans de ma vie à faire le canard, à taire mes plaisirs et mes envies pour satisfaire les siens, me cachant sous le prétexte de l’amour , pour l’entendre me dire un beau matin qu’il fallait que je m’en aille, que quelque chose était cassé entre nous. Et moi comme une bille, qui avait tout mis à son nom durant notre liaison, je me suis retrouvé « main devant, main derrière » à dormir chez ma mère pendant plusieurs mois, sans rien, sans aucun bien matériel et le cœur vide. Pour couronner le tout, alors que je venais de quitter un travail qui ne lui convenait pas à cette truie, je me suis bloqué le genou et me suis fait opérer du ménisque, une semaine après mon arrivée chez ma mère. Sans travail, sans argent et bloqué au lit sans pouvoir me déplacer… La seule chose qui me réconfortait à ce moment-là, c’était d’être chez ma mère, de voir cette lueur dans ses yeux en me regardant, de sentir son plaisir à s’occuper de son fils chéri. C’est vrai que je l’ai snobé ces dernières années en lui préférant Christine.

Et voici que je la vois, là, devant moi, avec son air de bêtasse, au bras de son collègue de travail que cette catin à oser inviter chez nous, quand nous étions encore ensemble. Une grosse colère monte en moi, noire et profonde : une violence qui ne m’avait plus habité depuis que j’avais quitté le quartier et les potes de l’époque. J’avais envie, un instant, de reprendre mon attitude de racaille, de voyou, de prendre sa tapette de mec, de lui mettre un tesson de bouteille sous la gorge, de le mettre dans le coffre de la voiture et de l’emmener dans un coin isolé, histoire de le tabasser et de le laisser en sang et à poil au milieu de nulle part. Ils croisèrent mon regard à ce moment-là et cette surprise mêlée de terreur que je décelai dans leurs yeux me remplit d’une joie malsaine et intense. Au moment où j’eus l’impulsion de m’approcher d’eux, subitement une voix retentissante au milieu de mon crâne s’exclama :

« Souhaites-tu les punir des actes dont tu es seul responsable ?! ».

« Ouah putain c’est quoi ce délire ! » Tout mon corps s’arrête net, je suis terrorisé, cette voix n’est pas la mienne !! Je regarde devant, derrière moi, rien ni personne. Au dessus de ma tête et même sur le sol, rien !!! Je flippe ma race tout seul comme un con au milieu de la supérette, l’air hagard et paumé. Je me ressaisis du mieux que je peux, passe à la caisse, et quand je tends l’argent pour régler, ma main tremble, mon visage est livide, la caissière me regarde d’un air méprisant et peu rassuré comme si j’étais un gros toxico.

Puis, c’est flou. Je ne me souviens pas de grand chose et me retrouve chez moi, sur mon canapé, les courses posées à l’entrée, je ne respire pas très bien, j’enlève mes chaussures, me lève, me déshabille en balançant ici et là mes fringues tout en allant dans ma chambre. J’allais me coucher puis me dis : « non pas comme ça, tu vas être dérangé ».

Je retourne sur mes pas en caleçon, range mes courses, ferme les volets, les fenêtres, j’ôte la batterie de mon téléphone portable, débranche le fixe de la prise murale, de même pour l’alimentation de mon modem internet, ferme la porte d’entrée à double tour, retire le fusible qui alimente le allophone et la sonnette, puis j’éteins toutes les lumières, rentre sous mes couvertures avec la grâce d’un pachyderme, use de mes dernières forces pour m’enfoncer des boules quies dans les oreilles, débranche le réveil et pose un masque de nuit sur mes yeux puis m’endors instantanément….

Je me réveille brusquement, retire mon masque de nuit du visage, regarde autour de moi, je suis complètement paumé. Mes yeux mettent un temps à discerner le décor qui m’entoure. Il faut carrément que je me concentre pour reprendre conscience et me faire un topo de la situation. Ma chambre est légèrement éclairée par la clarté extérieure filtrée par les volets. Je ne sais pas l’heure qu’il est, quel jour on est, je m’étire doucement. Tout mon corps est endolori, lourd, courbaturé, un peu comme le lendemain d’une séance de sport intensive alors qu’on n’en a pas pratiqué depuis des lustres.

J’ai une grosse envie de pisser, je me lève du pieu tant bien que mal, je presse le pas jusqu’aux chiottes, ma vessie est pleine à craquer, si bien qu’à deux secondes près je me lâchais dans le couloir. « Sa mère, comme ça fait du bien !!! » Je me demande comment j’ai fait pour ne pas pisser dans le lit. J’ai un besoin vital de café, rien que l’idée me fait saliver. Je vais dans la cuisine, mets une cuillère de café soluble dans une tasse, un sucre, la remplie d’eau et la fout dans le micro-onde.

Moins d’une minute après, je suis sur mon canapé, clope au bec à siroter mon breuvage matinal. Enfin, « matinal »… Je ne sais même pas l’heure qu’il est, tout me parait étrangement calme. Je n’entends même pas le bruit de la circulation, ni même la poufiasse du dessus qui passe son temps à écouter en boucle du Luis Mariano et comme elle est à moitié sourde, les deux tiers de l’immeuble écoutent avec elle. Je suis bien monté une fois la voir en lui demandant gentiment de baisser un peu le volume de temps en temps, et cette vieille peau m’a insulté. C’était ou je me la fermais ou je la traînais par les cheveux dans le couloir et brûlais ses disques. Finalement j’ai acheté des boules quies.

Ah merde ! Tu m’étonnes que je n’entende plus rien ! J’ai oublié de les enlever. Je retire celle de droite avec un peu de mal, et comme une truffe j’ai trop enfoncé celle de gauche ou me suis endormi dessus : je n’arrive pas à l’enlever. « Pffff » tant pis je finis mon café, me rallume une clope et j’irai dans la salle de bain enlever ça devant le miroir.

Je regrette déjà de l’avoir enlevé, le bruit d’une sirène de pompiers bloqué dans la circulation juste en bas de chez moi me monte au cerveau. Ils doivent prendre des cours pour être cons ces mecs-là, comme les flics où les ambulanciers. Peuvent pas la baisser leur sirène quand il voit que la rue est bloquée sur cinquante mètres et qu’il n’y a pas moyen d’avancer, ça leur titillerait pas les neurones qu’ils font chier les riverains. J’aurais mieux fait de me casser une jambe que d’habiter près d’un hôpital.
Et voilà l’autre qui nous fait péter « mexico, mexiiiiiiico…. » ! Un de ces quatre ma parole, je la pousse dans les escaliers !!!

Je file quelques minutes plus tard dans la salle de bain, et me mets devant le miroir et « ouah » la gueule que j’ai c’est hallucinant : de profonds cernes noirs sont gravés sous mes yeux, j’ai le visage terne, la pure figure d’un zombie. Quel mongolien je fais, le petit cylindre de mousse est complètement enfoncé dans mon oreille, il m’a fallu cinq bonnes minutes pour le retirer, et quand j’y parviens c’est comme si j’arrachais l’intérieur et aspirais mon tympan avec.

Je file sous la douche, j’y reste une bonne demi-heure. J’enfile mon peignoir, me refais un café et me roule un bon pétard. Je le dose bien comme il faut, histoire de bien me défoncer la tronche : avec la tête que j’ai vu dans le miroir tout à l’heure ça ne fera pas de différence… Je rigole tout seul en pensant à ma connerie et tire une grosse taffe sur mon joint. Ah que c’est bon putain, je me dirige vers le canapé, attrape la télécommande de la chaîne hifi au passage, mon téléphone portable, et m’allonge comme un sac sur le canapé. Je pose la tasse sur la table basse, m’installe au mieux avec mes vingt centimètres de plus que sa longueur, envoie un cd de rap en montant le son, suffisamment pour étouffer la zic de la sorcière du dessus, pose un cendrier sur ma poitrine et allume mon téléphone portable.

Il est dix-sept heures, on est Mercredi. Mercredi !!!! Truc de fou j’ai dormi près de trente heures de suite…. Bah dis donc ça secoue de larguer son psy et de prendre une semaine de repos à l’arrache. Je m’esclaffe encore tout seul, le shit m’avait déjà monté. Sophiane ne m’a pas menti c’est de la bombe ce matos, je ne suis pas mécontent d’en avoir pris un bon bout. Le téléphone émet plusieurs bips, sept messages.

L’un de Lucie, ma copine du taf, elle me dit d’une voix peu rassurée que le patron est fou de rage contre moi, dit à tout le monde qu’il va me faire passer un sale quart d’heure et que j’ai intérêt d’avoir une bonne excuse si je veux garder ma place, promettant de me filer les tournées les plus pourries pendant des semaines. Pauvre trou du cul, s’il me saoule je vais l’enchaîner devant tout le monde cette petite merde, lui et son ego démesuré ne vont pas s’en remettre si je le prends à claque devant ses employés, sa petite cour, ou pire encore : je lui balance à la gueule que sa grosse pouffe se fait baiser comme une chienne par son petit chien, son sous-fifre Alain dès qu’il s’absente. Je m’éclate tellement de rire à cette idée que j’en renverse presque mon cendrier. Tin je suis chiredé et je ne suis même pas à la moitié de mon pète. Puis elle change de ton et me dit de sa voix douce qu’elle espère que je me porte bien et que je revienne vite au boulot, que je lui manque et qu’elle s’ennuie sans moi.

Qu’elle est gentille cette Lucie, je l’adore, et qu’elle est bonne surtout avec son terrible petit cul. Je me demande pourquoi je n’ai jamais essayé de l’inviter chez moi ?!! C’est vrai que j’aime tellement sa fraîcheur, elle est comme un rayon de soleil dans mes journées avec cette bande de connards, que je me limite à quelques flirts pour le plaisir de la voir rougir. C’est un être innocent et je l’aime comme ça, c’est con à dire mais ça me ferais chier de perdre cette relation pour une histoire de drague. Et je m’amuse comme un fou à la faire rigoler ou faire des allusions gênantes quand elle parle à un client.

L’autre message est de ma mère qui me demande de passer chez elle dès que j’ai un peu de temps devant moi. Le robinet de la cuisine fuit et elle aimerait bien manger avec moi, me promettant une bonne paella. Hum j’en salive rien que d’y penser.

Le troisième message vient du psy, je ne l’écoute même pas et l’efface dès que j’entends sa voix, la même chose pour les quatre suivants qui viennent du responsable du taf.

J’ai la grosse dalle qui me monte, d’un coup, comme si je ne mangeais pas dans les minutes qui suivent pouvait me tuer. Seuls les fumeurs de cannabis peuvent connaître ça. J’ai trop la flemme de cuisiner ou préparer quoi que ce soit. J’appelle directement Aziz, c’est le gérant d’un snack près de chez moi, c’est un pote, j’ai fait plusieurs affaires avec lui et lui ai rendu quelques services. Du coup je ne descends même plus prendre mes commandes, il m’envoit son frère Rachdi directement et j’ai ma bouffe dix minutes plus tard. Ses kebab déchirent leurs mères, il sait bien les faire comme je les aime, je lui en commande un, avec une tarte au pomme et une bouteille de coca. J’en profite il ne me fait payer que le sandwich. Je lâche toujours un bon pourboire à son petit frère qui profite toujours pour fumer quelques taffes de joint à l’arrache avant de repartir, quand il ne me dépanne pas quand je suis à la payolle, en me racontant les dernières histoires louches du quartier. J’aime
bien ce jeune il me rappelle ces années que j’ai passées dans la rue.

Putain j’ai quarante piges et je prends des nouvelles de choses qui ne me regarde plus, j’ai quitté cet univers quelques mois après avoir entamé ma relation avec Christine, elle ne m’avait pas laissé le choix d’ailleurs c’était ou elle ou mes fréquentations. Je ne travaillais pas et vivais de mes business, c’est même ça qui l’a attiré chez moi, elle voulait s’encanailler, la bourgeoise.

Et moi de mon côté, l’âge venant, j’en avais ras le bol, ma vie n’avais plus trop de sens : embrouilles, garde à vue, prison, fréquenter des rats, la lie de la société qui sont tes meilleurs potes quand tout va bien et t’enculent à la première occasion. Bien sûr nous étions un groupe de cinq-six, un noyau solide composé de gars vaillants et fidèles, on en a fait de belles ensemble, on en a écoulé des tonnes de came, on en a fait des bons coups : racket, escroquerie, braquage. Rien de pouvait nous arriver, un esprit de groupe intelligent, organisé et déterminé. Malgré l’argent qui coulait à flot, pas de signes extérieur de richesse, pas de vantardise, aucune confiance en personne à part entre nous.
Mais comme toutes les bonnes choses, tout partit en fumée. Deux d’entre eux se firent froidement assassinés, je m’en souviens encore comme si c’était hier : Stéphane allongé devant moi, une balle dans la tête, Samir d’un autre côté deux balles dans le thorax, neuf millimètres para, on ne leur avait laissé aucune chance.

Nous nous connaissions depuis la maternelle. Je me souviens de ce casse-tête : un homme frappe à la porte de l’appart d’un ami chez qui ils jouaient aux cartes. Stéphane va ouvrir, ne reconnaît pas la personne. Samir se lève, vient voir, pousse un cri en refermant la porte qui était recouvert d’un blindage. L’un plonge à gauche, l’autre à droite et leur assassin réussit quand même, guidé par la main du destin, à les toucher mortellement la porte pourtant fermée !!! Les pleurs de leurs mères quand je leur ai annoncé la macabre nouvelle, les taches de sang et de chair que nous avions nettoyées, comme pour effacer les dernières traces de leurs passages sur terre. Je n’ai été ni à la morgue, ni à l’enterrement, affronter cela m’était impossible. Je gardais en moi le souvenir de leurs visages souriants et déconneurs, les yeux pleins de cannabis quand nous passions ces soirées interminables à jouer au rami ou à la contrée, nos nuits blanches sur la Playstation à se vanner. Nos mauvais coups, nos bagarres, nos histoires de cul et tout le reste.

Je suis cependant resté plus de dix ans obnubilé par une soif de vengeance que je n’ai jamais pu étancher, et fais mon deuil quinze ans après….

Deux autres de ce groupe, Bruno et Faouzi, se sont fait serrer à la sortie du braquage d’une petite banque qu’ils avaient décidé de faire seul. Les flics les attendaient à la sortie, s’en suivit fusillade, course poursuite. A l’arrivée, un flic mort, deux autres grièvement blessés, prise d’otage. Faouzi reçut une balle dans le dos et est handicapé à vie. Puis un beau jour le verdict tombe : vingt-cinq ans de prison. Il ne restait que Christophe et moi, nous nous étions finalement perdu de vue, jusqu’au jour où une connaissance m’annonça son décès.
Le VIH avait finalement eu raison de ce guerrier, de mon dernier ami.

J’errais dans la vie complètement perdu, insultant chaque jour Allah et tous Ses saints. Je ne voulais plus croire en rien. Non pas que j’étais un fervent musulman, je me cantonnais comme beaucoup à ne pas manger de porc, faire le ramadan et réciter quelques sourates le soir avant de me coucher. Mais j’ai toujours cru en quelque chose de plus grand, de supérieur et de bon. Mes lectures et mon sens de l’analyse, en parcourant divers ouvrages bibliques et spirituels, m’avaient souvent conduit intellectuellement vers de lointaines contrées où ma vision de la religiosité, de la spiritualité, s’éloignait de plus en plus des vérités communément admises.

Jusqu’au jour où j’ai lu ce formidable livre de Pauwels et Bergier « Le matin des magiciens ». Non pas qu’il fut pour moi une révélation qui me permit de croire en une chose plutôt qu’une autre, mais il a ouvert en moi la porte du « possible ». M’offrant une vision totalement à l’inverse des réalités académiques et qui corroborait, ou plutôt allait dans le sens de mes intuitions, de mes conclusions personnelles qui n’étaient pour moi, avant cette lecture, que des divagations sans trop de fondement.

J’étais déjà avec Christine quand j’ai lu ce livre mais, terre-à-terre au possible et ne se souciant que du quotidien, des prochaines vacances, des impôts ou des repas entre amis et famille, en discuter avec elle était peine perdue.
C’était mon jardin secret intérieur.

De toute façon je n’en discutais avec personne. J’ai fait l’expérience de débattre religion et casser l’image de dieu avec des chrétiens, des juifs ou des musulmans, toutes ces succursales du petit Jésus… C’est peine perdue. Je leur accorde une même qualité à tous ces cons : celle de ne rien accepter qui ne soit inscrit dans leurs cervelles, dans lesquelles on a martelé des principes qui se cantonnent à leurs propres interprétations minables et arides. En aucun cas pourtant je ne dénigrais leurs religions elles-mêmes, mais bien leurs propres traductions personnelles bien différentes du symbolisme d’origine, de la première impulsion de ceux qui écrivirent ces ouvrages. Mais comme j’étais moi aussi novice dans mes propres grilles de lecture, cela finissait souvent mal et avec mon foutu caractère les insultes fusaient, j’en ai même tarté quelques uns.

C’est comme pour le sujet de la deuxième guerre mondiale, j’ai toujours été fasciné et attiré par cette période de l’histoire, lu pas mal d’ouvrages non classiques là-dessus, mais l’hypocrisie collective m’aurait conduit au bûcher. Mon expérience de ces conversations me l’a bien démontré : c’est carrément des regards pleins de haine qui fusaient vers moi quand j’abordais ces sujets.

Quand Christine menaça de me quitter si je n’arrêtais pas mes trafics, sous prétexte qu’elle ne voulait pas me voir finir en prison, ou encore sous cette excuse de merde de faire des enfants un jour en pouvant compter sur leur père, j’arrêtai tout.

Un ami m’embaucha dans son restaurant pour faire la plonge, et je me retrouvai à faire la vaisselle dix heures par jour, six jours sur sept. Et j’appris douloureusement la valeur des choses quand on gagne mille deux cents euros par mois. C’était dur, très dur, je gagnais cette somme parfois en deux heures avant ça. Je me sentais largué, prisonnier de vivre dans ce nouveau monde, sans amitié solide, sans confident pour nourrir mes débats, et ma vie de voyou m’avait façonné de sorte que je me méfiais tout le temps, je ne faisais confiance en personne et ne demandais jamais d’aide, ne disais jamais ce que je pensais.

J’étais en train de m’éteindre à petit feu.

Je m’étais aussi éloigné de mes deux passions, la danse et le rap. J’avais un groupe local dont j’étais le leader et je me suis éclaté pendant des années à faire des avant-premières de concert, monter sur scène pour des free style, passer mes journées à écrire mes textes.
J’ai commencé à danser au cours élémentaire, jusqu’à la terminale. Concours, représentations, cartons dans la rue ou autre entrées de centres commerciaux… La passion de la poésie m’avait également envahie après la mort de Stéphane et Samir, je m’en servais comme exutoire et ainsi canaliser ma haine et ma tristesse. Je me suis même servi de ces proses pour faire la cour à Christine.

Cette salope… Non contente que je bosse, il fallait maintenant que je trouve un emploi avec des horaires qui correspondaient aux siens, car nous étions trop décalés et elle souhaitait que nous passions nos week-end ensemble, que nous nous retrouvions devant la télé le soir… Et je me suis retrouvé chauffeur-livreur.

Tout en me sentant étranger à tous, même dans la plus grande partie de ma vie que j’ai passée dans la rue, je ne ressemblais pas au voyou, à la racaille, à tout ce qui m’entourait. Pas moins que je ne ressemble à l’univers des salariés, ma façon de penser était différente, je me sentais largué. Paumé de voir que je n’avais pas le courage de prendre un virage à cent quatre-vingt degrés et changer de vie, de rompre avec Christine qui ne méritait bien-sûr aucune de mes insultes. Elle était contente elle, je vivais sa vie. Même si au fond elle savait bien que je ne correspondrais jamais à l’image qu’elle avait du couple, de la famille et de la vie en général.

Et voilà qu’un beau matin je pète un câble, une tasse de café renversée maladroitement au réveil, je me brûle, me cogne le pied sur la table basse en me levant, et je me retrouve plongé dans une grosse rage, cassant tout à coup de poings dans la maison, un vrai carnage. Puis le même chantage affectif ou plutôt, devrais-je dire, la même proposition de liberté que je n’ai pas eu le courage de saisir au vol : « ou tu vas voir un psy, ou c’est fini entre nous deux »…

Et me voilà avec un mensonge de plus pour tapisser mon existence, ma connerie et ma lâcheté.

Putain je suis défoncé, je suis encore parti dans mes gamberges. Quelle heure il est ? Vingt-trois heures. J’allume la télé, rien d’intéressant. Je regarde vite fait ma pile de bouquins mais rien ne m’inspire vraiment, je n’ai envie de rien en fait.
Je me dirige vers la cuisine, mon corps toujours aussi fatigué et plein de thc. Je me fais un thé à la menthe, me roule encore un pétard et je file dans mon lit. Allongé, le cendrier sur la poitrine, je fixe le plafond, aucune pensée particulière ne m’habite, je finis de siroter mon thé.

Il y a une question que j’élude depuis lundi : qu’elle est donc cette voix que j’ai entendue ? Je suis certain qu’elle ne venait pas de moi, enfin je veux dire que ce n’est pas ma voix, ce n’est pas celle que j’entends habituellement dans ma tête quand je pense ou me parle à moi-même. Est-ce donc ce que l’on appelle la conscience ?

J’étais sur le point de me diriger vers le mec de Christine et vu dans quel état de je me trouvais, ils auraient passé un sale quart d’heure ces cons. J’aurais sans doute aussi balancé un tas de saloperie à la gueule de Christine. Allez donc savoir où m’aurait conduit tout cela, en prison sans doute, en cavale une fois de plus. Seulement avec ma vie actuelle cela me semble difficile. Cette voix m’a empêché de faire cette connerie, j’ai envie de dire qu’elle m’a carrément sauvé d’une merde pas possible. En plus, je me connais suffisamment pour admettre que la culpabilité qui m’aurait envahit après aurait été bien plus terrible que toute décision correctionnelle.

« Souhaites-tu les punir des actes dont tu es seul responsable ?! ». Putain c’est fichtre vrai, pourquoi je dirigerais ma colère et ma propre frustration envers quelqu’un d’autre que moi-même !!! Et puis, dans le fond, pourquoi la dirigerais-je vers moi également, n’est-il pas temps de passer outre, tourner la page et passer à autre chose, prendre un tournant dans ma vie et cheminer vers l’existence selon mes propres désirs et aspirations ? Car dans le fond, soyons honnêtes, je me plains mais ai-je déjà essayé de vivre ce que je me reproche de ne pas connaître…

A cette pensée je crus voir, dessiné sur le plafond que je fixais, un visage qui me souriait, et une « pointe » à la fois chaude, douloureuse et surprenante se fit sentir en plein milieu de mon cœur.

« Ouah c’est quoi ce délire de fou !». Je pose ma main sur mon cœur et ressens une étrange pression interne, cela ne me fait ni mal, ni du bien, mais ça m’inquiète un brin je dois dire. Je n’ai pas de connaissance spéciale en anatomie, mais il est certain que c’est en plein milieu de mon cœur. Cet organe est entouré d’une poche lymphatique nommé péricarde. Enfin bref… Je ne peux m’empêcher de sourire en faisant mon diagnostic.

Puis d’un coup je flippe un chouïa. Voilà que j’ai des pseudos visions, je vois des visages sur mon plafond, et que mon cœur me fait mal. Putain de shit, va falloir quand même que je surveille ça, c’est peut être les signes avant-coureurs d’un problème cardiaque. Ca fait quand même longtemps que je ne fais plus de sport.

Mais cette voix, merde c’était quoi !!! A la fois autoritaire et sentencieuse. Difficile de la définir, car autant chaleureuse que puissante. L’écho de cette voix m’arrêta net, stoppa mon corps subitement, comme paralysé l’espace de quelques secondes. Et quand la sensation partit, ce fut comme un retour de vagues, d’ondes ou d’échos qui me traversa, m’enlevant toute énergie.

Je me rappelle encore le visage de la caissière à qui je tendis mon billet, la main tremblante. Je devais avoir l’air d’un gros timbré. Je me marre. Quel début de semaine chelou : j’envoie péter le psy, fais le mariole, fier de moi, pour finalement me retrouver paumé dans ma voiture, recroquevillé comme un fœtus dans le ventre de sa mère, et y passer la nuit. J’entends des voix, j’ai des hallucinations et mon cœur me sort de nouvelles douleurs…

Puis me vient à l’esprit le déclic, la raison pour laquelle j’ai mis un terme à mes consultations chez l’autre charlatan. Je revois la scène :

Je livrais une machine à laver à un vieil homme, la pure galère, cinquième étage sans ascenseur, les deux derniers avec un escalier étroit où la largeur de la machine était plus grande que celle de l’escalier. J’ai du soulevé cette merde au dessus du mètre de la rampe, bien que notre prestation n’inclue pas de reprendre l’ancienne machine, la sympathie de ce monsieur me poussa à refaire le chemin inverse avec cette dernière. En remontant, ce brave homme, d’une soixantaine d’années, m’avait préparé un café que j’acceptai volontiers après avoir rapidement branché et installé sa nouvelle machine.
Il dégageait quelque chose de magique, enfin je ne sais pas trop comment l’exprimer, son regard était à la fois malicieux et pénétrant, un peu comme s’il pouvait lire au-delà de mes mots et de l’expression de mon visage. Je me sentais à l’aise avec lui. Dans la mesure où c’était mon dernier client et que je pouvais garder le camion, j’acceptai volontiers son invitation à dîner. Il me disait qu’il n’avait jamais de compagnie et qu’il serait heureux de jouir de la mienne pour cette soirée. Je ne lui ai pas avoué mais je l’étais aussi. Au cours de la conversation, je lui parlai de mes consultations chez le psy, il se leva d’un air agacé et rieur les yeux au ciel et me demanda mon prénom, ce que je fis tout en demandant le sien, et il dit :

« – Elias, connais-tu l’étymologie du mot psychologie ?

-Non Joaquim, répondis-je désabusé. Je crois qu’il s’agit de l’étude de la psyché.

-Pas vraiment mon ami, encore faut-il s’entendre sur la définition de la psyché. La psychologie signifie à la base, l’étude de l’âme. Ne trouves-tu pas ça ironique quand cette dernière nie l’existence de l’âme ou tout du moins refuse de la prendre en considération dans ses études et sa pratique ?! »

Sa réponse me laissa sans voix, je ne comprenais pas où il voulait exactement en venir mais, sans raison intellectuelle apparente, une sorte de sensation diffuse, un certain dégoût, m’envahit alors : d’abord envers moi-même, dans le fait de consulter depuis tant de mois un psy, puis envers la psychologie elle-même.
Il s’aperçut de mon désarroi, sourit et poursuivit:

« Je ne critique pas bien-sûr les psychologues et thérapeutes, je dis seulement qu’ils pratiquent quelque chose qui est complètement dénaturé et travesti. Un peu comme si, pour utiliser une image, les électriciens exerçaient leur profession sans prendre en compte l’électricité elle-même. Ne trouverais-tu pas ça étrange et hors propos ?! C’est sûr que les ampoules continueraient à éclairer, que ta télévision s’enclencherait en l’allumant mais cela se résumerait à se servir des effets sans en connaître la nature et la cause, et se limiterait à une utilisation bien précaire face aux infinies possibilités que nous offre l’électricité aujourd’hui.»

J’étais sur le cul. Moi qui d’habitude avais toujours quelque chose à dire, une idée à mettre en valeur ou des propos à défendre, je restais muet. Comme pour me laisser digérer tout ça, il se leva et débarrassa la table, tout en me proposant d’aller prendre le café sur son balcon. La vue était magnifique. Comme il habitait au dernier étage, il n’y avait pas de vis-à-vis, il y régnait un calme reposant, comme si les bruits de la ville ne parvenaient pas à s’élever jusque là. Il y avait assez de place pour deux petits transats assez confortables me dis-je en m’y installant, et une sorte de petite caisse en guise de table basse où il posa nos deux tasses. Je lui demandais si je pouvais fumer, il sourit et m’emmena une sous tasse pour en faire un cendrier. Le ciel était dégagé, parsemé d’étoiles, je le fixai sans rien dire. Joaquim fit de même en respectant mon silence, j’avais l’étrange impression qu’il lisait dans mes pensées. Je ne pensais à rien de précis, j’appréciais simplement le moment. Puis, d’un coup, je me tournai vers lui et lui demandai :

« Je suis ok, la psychologie signifie l’étude de l’âme, les psys ne prennent pas en considération cette dernière, on ne va pas leur jeter des pierres dessus ils ne font que pratiquer ce qu’ils ont appris, et puis ce n’est pas moi qui oserais critiquer quelqu’un qui se ment. Mais alors, qu’est-ce que l’âme ? J’ai bien quelques définitions, une certaine vision, une conclusion générale tirée de mes lectures mais qui reste, je dois dire, assez empreinte d’une religiosité qui certainement comme la psychologie a oublié un épisode important en route.»

Joaquim sourit une fois de plus, avec son regard d’enfant espiègle. Il prit une pause avant de me répondre. Il faisait ça tout le temps, un peu comme s’il demandait la réponse à quelqu’un d’autre avant de me la répéter. Cette vision me fit sourire également. La situation aussi. Je me retrouvais là, à passer la soirée avec un inconnu, avec qui je partageais des choses que je n’avais jamais dites auparavant à quiconque.

Nous étions là comme deux amis, simplement.

Il me regarda et me répondit:

«- En voilà une question pertinente : qu’est-ce que l’âme ? Disons, pour faire simple, que l’âme est cette énergie qui anime ton corps, elle pénètre ta chair au moment de ta naissance, lorsque que tu inspires ta première bouffée d’oxygène et quand tu pousses ton premier cri. Et c’est celle-là même qui quitte ton corps lorsque tu meurs. Elle te permet également, on va dire, de penser et de ressentir.

- Mais alors, je ne comprends pas. Ta définition est claire, je saisis le sens : de la naissance à la mort, l’âme est ce qui nous anime. Mais la psychologie traite bien de cela, des problèmes psychologiques qui peuvent surgir durant les différentes étapes d’une vie. Une interrogation vient de me « frapper » à l’esprit. Si l’âme viens nous animer à la naissance, et qu’elle nous quitte après la mort, cela signifie qu’elle existe hors du corps avant de le pénétrer, et qu’elle continue d’exister après l’avoir quitté ?!!! Oula j’ai les neurones en surchauffe là…»

Il éclata de son rire si communicatif et je ris avec lui, c’était trop bon. Je pris une grosse respiration en essayant de ne pas écouter les mille et une questions qui m’assaillaient. Je me rallumai une clope, il me proposa une autre tasse de café que j’acceptai volontiers, et l’attendis silencieusement, le regard perdu, comme mon esprit vers ce ciel étoilé en guise de décor.
C’est quoi ce bordel ? L’Âme est donc ce qui nous permet d’être vivant, de penser, de ressentir, c’est cette énergie qui nous anime, de la vie à la mort mais alors, cela voudrait dire que nous avons donc des vies passées et des vies futures. Quelque part cela veut dire que je suis immortel. Je souris à cette idée intérieurement quand mon nouvel ami revint.
Il me tendit la tasse de café, et enquilla :

« -Hum hum, tu dis donc que l’âme existe avant d’animer un corps à la naissance, puis après l’avoir quitté à sa mort. Tu sais que tu es très pertinent et que tu saisis l’essentiel assez rapidement, c’est un plaisir de partager cela avec toi.

-Merci bien, pourtant je ne connais pas grand-chose à cela, je ne m’y suis jamais réellement penché, tout ce que j’ai pu lire ou écouter la dessus ne m’a pas vraiment inspiré, ni marqué.

-Mais c’est parce que tu ne sais pas grand-chose là-dessus que tu en sais beaucoup plus que ceux qui savent, ou plutôt croient savoir. Vois tu, comment peux-tu laisser entrer de nouveaux principes en toi, si ton esprit est déjà plein d’autre chose ? Il faudrait préalablement passer outre ou encore se débarrasser de l’acquis pour se permettre de recevoir librement du nouveau. Tu me suis ?

-Oui très bien. Si j’avais une définition précise sur l’âme, que je m’en satisfasse et que j’eus construit mes réflexions et pensées autour de cette base, il me serait difficile de laisser place à une nouvelle définition, à de nouvelles bases, car l’édifice de mes pensées à ce sujet s’écroulerait et ce ne doit pas être quelque chose d’évident à faire.

-Tu me fais rire, tu as une personnalité très agréable Elias et c’est un plaisir que de partager avec toi. C’est à la fois quelque chose de difficile, comme tu dis, de se défaire de l’ancien pour « reconstruire » avec du nouveau, mais faut-il encore le vouloir. Ce principe qui met en évidence l’âme pénétrant le corps de chair au moment de l’accouchement, quand l’enfant émet son premier cri, s’appelle l’incarnation, l’incorporation… Tu peux déjà passer outre tout ce que tu as appris ou lu sur ce mot, et mettre en pratique immédiatement ce que tu viens de découvrir, à savoir, lâcher l’ancien pour accepter le nouveau. La question est : le désires-tu ?

-Oui, on peut dire que je le désire vraiment. Pas vraiment par soif de connaissance pour une fois, disons que tout cela à un effet libérateur en moi, je ne saurais comment l’expliquer, disons juste que cela me fait du bien. Il est vrai que lorsque tu es parti refaire du café, je me suis tout de suite posé la question des vies antérieures, du karma, des vies futures et donc de l’éternité d’un individu au travers de toutes ces vies. Mais il me semble que quelque chose ne va pas là-dedans, dis-je avec un air autant rieur qu’interrogateur. Mais bon je préfère jeter tout ça à la poubelle et te laisser poursuivre, je suis à fond dedans là !!!.

-Tombe pas trop profond non plus hein !!! Disons qu’en ce qui concerne les vies passées et futures, mettons ça de côté pour le moment. Je n’aimerais pas te voir faire une amorce de serrage du ciboulot, ni te voir clamser sur mon balcon faudra que je me fasse chier à me débarrasser de ton corps après… »

Il éclata de rire sans pouvoir terminer sa phrase, j’étais avec lui complètement hilare en m’imaginant péter un boulon interne et avoir des convulsions des neurones. Nous restâmes quelques secondes dans un silence apaisant et il poursuivit :

« Essaie, si tu le peux, de ne pas appréhender intellectuellement mes propos, tu vas te ramasser la gueule sinon, et tente seulement d’écouter, sans analyser chaque mot, ni ce que tu imagines qu’ils impliquent. Prends seulement l’information, ressens son effet en toi, le temps fera le reste. L’Âme est une énergie qui se résume simplement en une mémoire vivante qui emmagasine tous les souvenirs, les émotions et les pensées de l’ensemble des expériences de toutes ses extensions, ses incarnations, en étant à la fois supérieur à la somme de celles-ci. Imaginons par exemple, que ton Âme à toi Elias ait eue cinquante extensions où incarnations, c’est-à-dire qu’elle s’est incarnée cinquante fois au travers de corps différents, et donc de personnalités différentes au moment de leurs naissances, et les ait quittée au moment de leurs morts. Ce que tu représentes toi aujourd’hui est la synthèse de ces quarante-neuf extensions qui t’ont précédée. En gros tu représentes l’ensemble des qualités et des défauts, résultant de l’ensemble des expériences acquises par tes « prédécesseurs ». »

Je le regardai avec des yeux de merlan frits, aucun mot ne sortait de ma bouche, l’impression était bizarre, j’avais à la fois le sentiment de tout et ne rien comprendre. Il m’observait sans rien dire et cacher difficilement un petit rictus malicieux, non pas pour rire de moi, bien que ce ne soit jamais péjoratif ou offensant venant de sa part. Il prenait simplement du plaisir, autant dans ses propos que dans ma façon de les appréhender, en fait, il partageait quelque chose et cela suffisait à son plaisir. Cet homme était vraiment unique en son genre, ce qui se dégageait de lui inspirait respect et sympathie à la fois. Je pris une profonde inspiration et répondis :

«- Donc mon Âme est une mémoire vivante qui crée des incarnations, ou des extensions comme tu les nommes. Dans l’exemple que tu as pris, mon Âme a animé quarante-neuf personnes avant la mienne, chacune n’est pas moi mais bien un individu et une personnalité à part entière. Ces quarante-neuf incarnations ont eu leur vie et leurs expériences. A chaque fois qu’elle se retire d’une individualité, celle qui la succède « démarre » avec l’acquis de la dernière, il y a donc une certaine évolution dans ce processus.

-C’est très bien résumé, je ne peux que t’en féliciter, crois en mon expérience ce n’est que rarement le cas.

-Oui mais alors, qu’advient-t-il des quarante-neuf personnalités qui m’ont précédées, et qu’adviendra-t-il de moi quand mon Âme me quittera après ma mort ? Est-ce l’Âme qui est éternelle seulement, ou bien chacune des extensions qu’elle crée également… »

Il me coupa dans mon élan, me sourit, ce qui calma étrangement le flot de questions qui m’envahissait et ne pouvait trouver de réponses. Il me dit :

«- Restons en là pour le moment, ce que tu viens de réaliser en très peu de temps est déjà un savoir immense, bien plus que tu ne peux l’imaginer. Pour construire un édifice stable et solide, apprends à poser petit à petit une base sûre et bien ancrée, comme tu viens de le faire. Ce que tu érigeras vivra éternellement avec toi et sera à l’épreuve de tout.

-Ok Joaquim, tu as raison, restons en là. Je vais laisser mûrir cela en moi et nous verrons bien. Peux-tu me dire d’où tu détiens cette sagesse et ce savoir ? Qui te les a enseignés ? Comment nomme-t-on ce que tu viens de m’apprendre ? Est-ce une science, une doctrine, cela vient-il d’une religion particulière ?

-C’est de la psychologie mon ami !! »

Je le regardai un brin décontenancé et suspicieux, ce qui l’amusa terriblement. Ce ouistiti savait déjà que j’allais réagir ainsi et se délectait de son effet. Ainsi, après m’avoir brossé le portrait de la psychologie et ses praticiens, voilà qu’il me disait qu’il venait de me parler de cela. Je lui balançai:

« -Cela ne peut pas être de la psychologie puisque tu m’a parlé de l’âme et que cette dernière n’y croit pas.

-Bien vu, cela se nomme plus exactement la Psychologie Esotérique, ou Holistique. C’est un enseignement directement inspiré des anciens Rishis et Siddha de l’Inde, qui vécurent entre 4000 et 6000 ans avant notre ère. Elle n’a pas changé d’un pouce depuis, seulement enseignée avec un langage différent correspondant et s’adaptant aux époques et aux mentalités qu’elle traverse. Mais il se fait tard mon ami et mes vieux os ont grand besoin d’aller compter fleurette au marchand de sable.»

Je me levai, le saluai en le remerciant. Je lui demandai si nous pourrions nous revoir un jour et il me répondit simplement que sa porte m’était ouverte et que je saurais quand la refranchir à nouveau. Quel personnage atypique !
Je rentrai chez moi, l’heure était bien avancée, et me couchai sans même penser au contenu de nos conversations. Je me souviens juste que je me suis endormi serein et apaisé, et que je fis de nombreux rêves cette nuit-là.

Le souvenir de cette soirée me fait du bien. Je sens encore ce point en mon cœur mais contrairement à tout à l’heure je ne le trouve pas désagréable, c’est comme si une sorte d’onde légère s’en émane et envahit doucement tout mon corps de l’intérieur.

C’est après cela, après cette rencontre, je le sens clairement aujourd’hui, que j’ai envoyé balader le psy. Putain si je m’en étais souvenu je lui aurais balancé le truc de l’âme et le fait qu’ils n’y croient pas ces cons, tout en prétendant l’étudier, mais bon…
Je suis trop naze là j’ai plus envie de penser à quoi que ce soit. Je vais juste rassembler mes dernières forces pour aller pisser un bol, me prendre une bouteille de coca et boum, dodo !!!!

Je me réveille toujours aussi fatigué malgré les heures de sommeil que j’ai enchaîné depuis lundi. J’ai fait des rêves assez étranges, j’ai eu l’impression de pénétrer d’autres dimensions tellement cela me paraissait réel, j’en ai gardé quelques souvenirs précis durant les premières minutes de mon réveil, et plus rien…
Je prends une douche, me sers un café et me roule un joint. Je n’ai toujours pas ouvert mes volets, mon pc est toujours éteint, je suis toujours coupé de l’extérieur et je n’ai pas vraiment envie que ça change aujourd’hui.

Quelque chose se passe en moi, je ne pourrais expliquer précisément ce que cela représente, encore moins le définir. Si je devais m’approcher le plus possible de cette sensation je dirais que je désire du changement dans mon existence. Lequel ? Je ne sais pas. Ce dont je suis certain c’est que cela n’a rien a voir avec mes quarante ans tout juste passés.

Je n’ai rien a regretter de ma vie, j’ai toujours fait ce qu’il me plaisait, du moins hors de ma vie affective: dans ce domaine je suis une vraie asperge. Je ne sais pas dire « non » à une femme quand j’ai des sentiments pour elle, et j’ai toujours fait passer mes désirs après les leurs. Demandez-moi de faire passer vingt kilos de shit en une semaine, d’écouler des centaines de grammes de coke, d’aller braquer ou d’escroquer, et j’en ferai mon affaire sans soucis, et sans états d’âme, je suis à l’aise dans ce monde. Mettez-moi une poulette dans les pattes qui a su émoustiller mon cœur d’artichaut et je suis perdu !!!

Je n’ai quasiment pas travaillé dans ma vie, jamais payé d’impôt, je n’ai jamais eu d’adresse à mon nom : même en vivant en couple je laissais celle de ma mère, qui savait quoi répondre quand on me demandait. Même ici, où j’habite maintenant depuis plus d’un an, je sous-loue au black l’appart à un pote.
J’ai bien fait, bien-sûr, quelques boulots ici et là comme couverture dès que je sentais que les flics étaient sur moi. Comme je suis très habile de mes mains, j’ai ainsi appris pas mal de choses, dans le bâtiment, jardinage, etc. Mais je n’avais jamais envisagé un cdi, une vie métro, boulot, dodo.

Seulement, aujourd’hui, après deux ans dans la même boite, je suis en train de devenir fou, de mourir de l’intérieur. Et je dois bien avouer que je n’ai plus les couilles de me remettre dans un business quelconque, je ne supporte plus cette vie et les cafards qui la fréquentent. De plus l’idée de me retrouver en taule une fois de plus ne me branche guère. Et sans une équipe en béton, composée de gars vaillants qui ont fait leurs preuves et qui, après les années, ont su gagner votre confiance, autant directement aller mettre une rouste à un flic dans un commissariat. Niveau cul, je ne suis pas contre une meuf ici et là, mais parlez-moi de vie de couple et je fais une syncope.

Seulement, je n’arrive plus à me plaindre bordel, ma vie j’en suis le seul acteur et le seul responsable, ce qu’il me faut c’est prendre un peu de recul, réfléchir à ce que je désire vraiment et à poser des actes en ce sens. C’est là que le bas blesse, j’ai toujours vécu en marginal refusant de m’identifier au carcan de la société, aux normes établies. Mais c’est bien beau de faire son rebelle, là je suis complètement paumé. Mais je connais ma force de caractère et ma volonté à refaire surface quand ça ne va plus, je ne sais jamais quoi construire, ni dans quoi me lancer, mais je sais dire stop. Certes cela se résume toujours en une fuite, une échappatoire radicale qui ne règle jamais le problème de fond, mais là j’arrête toutes ces conneries. Je suis bien financièrement, dans la mesure où je n’ai pas de dépenses particulières a part mon shit, je ne sors pas, je n’ai pas d’activité, pas de meuf.

J’ai de l’argent de côté. Je vais me foutre au chômage, bien-sûr je ne vais pas donner ma démission, je vais gratter du chômage tant qu’à faire. Je vais faire en sorte d’être virer, et quel pied je vais y prendre. Cette tarlouze de boss et de responsable, combien de fois je l’ai vu mal me parler, faire son dur devant moi. Traitant ses employés comme de la merde, surtout la pauvre Lucie, qui parfois en pleure des dizaines de minutes dans la réserve pour s’en remettre. Putain je vais prendre mon pied sur ce coup là. Je vais aussi changer de numéro de téléphone, oublier toutes les connaissances que j’entretiens pour rien, voire rapidement déménager. Faut que je me trouve un plan appart.

Je viens de passer six jours entiers à dormir, fumer des joints, dans le noir, coupé de tout, à ressasser le passé sous tous les angles. Ce n’est pas la première fois que je décortique « l’avant », mais cette fois je l’ai fait différemment, rien d’idéalisé, de plaintif ou de romancé. Je n’ai pas cherché de coupable, de situation malchanceuse ou je ne sais quoi encore. Je me suis pris en seul acteur, revivant les tournants de ma vie qui me furent proposés pour changer, et la façon dont je les ai occultés.

C’est fou comme on peut se prendre pour quelqu’un que l’on n’est pas, de quelle manière on se façonne une sorte de costume et de masque pour se cacher de nos propres mensonges, de nos faiblesses et lâcheté. Avec quelle énergie on entretient cela.

Je l’ai tellement vu chez les autres, combien de fois l’ai-je dénoncé, au point qu’on évitait absolument de croiser mon jugement. Je faisais mal, je tapais exactement là où il fallait et cela dérangeait. Voilà que, pour la première fois, j’use de cette discrimination impartiale et sans concession avec moi. Et je dois l’avouer ça fait mal au cul. Je me suis même vu à maintes reprise tenter d’amenuiser, de me trouver des excuses, mais quand on a décidé de se voir une fois, on ne peut plus se mentir. J’aurais pu le faire certes, mais je n’en ai plus la force. C’est rigolo à dire quelque part, car il existe certainement quelques points que je n’ai pas encore osé mettre de lumière, mais ce que j’ai formulé ne pourra jamais plus être caché, sauf au détriment de ma santé et de mon équilibre mental, et puis si jamais je dois retomber dans ces méandres, je le ferai une bonne fois pour toutes et sans demi-teinte. Quitte à être une merde, je le serai en toute état de cause et pleinement, vaut mieux être un déchet conscient de l’être, qu’infatué et fourbe. Je ne me sens ni galvanisé, ni abasourdi par ce portrait que j’ai courageusement dessiné de moi-même. Je me sens juste perdu et vide, un peu comme si je devais renaitre, me redécouvrir, et ne sachant absolument pas comment m’y prendre.

Qui suis-je réellement ? Que vais-je faire ? Que vais-je devenir ? Advienne que pourra !!!

Demain je reprends le boulot, du moins je vais faire en sorte de me faire licencier, et prendre plaisir à le faire. Je vais prendre plaisir à être quelqu’un d’autre, pas le type dont je m’efforce de paraître depuis maintenant quarante ans, bas les masques, les jeux sont faits…

Je fais un peu de rangement, j’ai laissé un pur bordel cette semaine. En terminant ma tache, je m’assois sur le canapé, me roule un joint, et en regardant autour de moi, je m’aperçois que mon appart et aussi vide que moi. Pas de tableau au mur, pas de décoration, aucune recherche dans l’agencement des meubles, même si le mobilier n’est pas à moi, j’ai toujours tout laissé en état, et je trouve ça très laid aujourd’hui. Seul la télé, l’hifi et mon matériel informatique m’appartiennent, c’est vrai que je me suis fais plaisir au moins avec ça en achetant du haut de gamme sans regarder le prix, ce sont mes petits plaisirs.

Je regarde mes nombreux livres, ils sont mon seul plaisir en ce monde, ma porte de sortie de cette triste réalité que j’entretiens. Puis mon regard se pose sur mes albums photo, je me lève, les pose à côté de moi et en ouvre un. Je les parcours sans rien dire, sans aucun commentaire. Un tas d’images vides immortalisant ma grande supercherie. Quelques émotions me parcourent quand j’arrive sur celles de mes potes, mes amis, un court instant de mélancolie, quelques images mentales en primes, puis plus rien.
Celles des sept années avec Christine me mettent presque les larmes aux yeux, non pas pour le souvenir de ma vie de couple, mais pour la manière dont je me suis effacé et oublié.
Celles de mon défunt père, des membres de ma famille. Seules celles de mon enfance m’arrachent un sourire et me font chaud au cœur. Je me dis en les voyant que, là au moins pendant cette courte période d’innocence, j’étais moi. Je ne sais pas quoi ni qui exactement, juste une pierre brute, une pierre qui à défaut d’être taillée et polie fut vulgairement façonnée au burin et trempée à l’acide pour devenir ce caillou difforme. Sans rien dire, sans aucune émotion, je me lève, prends tout ça dans mes mains, ouvre la poubelle et jette le tout.

Une subite envie de me débarrasser des traces extérieures s’étend en moi. Je me dirige dans la chambre, ouvre mon placard et en sors une boite dans laquelle je conservais tous les textes de rap que j’avais écrits, mes chansons, mes réflexions, mes tentatives d’écriture de livre jamais achevées, mes recueils de poèmes, retourne à la poubelle et balance le tout.

Mais cela ne me suffit pas, je rebranche mon ordinateur, et efface tout ce qui appartient à ce passé sur lequel je crache à la figure. Je prends une douche comme pour me laver de cette suintante carapace, de cette crasse accumulée, véritable deuxième peau. Avale un truc vite fait, me sors des fringues pour le taf demain, me roule un joint et file au pieu. Je suis un peu dégouté, l’espace de quelques secondes, quand je rebranche mon réveil et règle l’alarme à sept heures, puis ce dégoût est immédiatement remplacé par un rire saugrenu en me rappelant ce que je vais faire.

Et voilà ! En à peine une heure, en prenant le temps de prendre un café, de dire deux mots au responsable et une demi-heure d’entretien, je ressors libre du magasin, ma lettre de licenciement dans la poche. Il va rêver de moi pendant un petit bout de temps le patron ! Prendre son air méchant au début de l’entretien en me vociférant menaces en tout genre…
Il avait bien fait en sorte de m’appeler à son bureau pour que tous les employés sachent bien qu’il était en colère, en criant et tapant du pied sur les cartons qui se trouvaient devant lui. J’entends encore les « bonnes chances » de mes collègues, et le regard inquiet remplit de sympathie de Lucie, quand je suis passé tout sourire à côté d’elle en lui faisant un clin d’œil.

Et de ressortir du bureau avec ce chien à mes bottes, qui a insisté pour me payer le café avant que je parte en me souhaitant bonne chance et bonne continuation…
Sale enculé va. Ca fait le dingue et chiale comme une merde à la première menace, je n’ai même pas eu à levé la voix, au seul énoncé d’aller voir le fisc en balançant tout ce qui faisait passer au black, toute ces petites magouilles, les weekend que j’ai passé dans sa baraque pour lui refaire sa salle de bain et sa cuisine, sans aucune facture pour le matériel et sans fiche de paie pour ma prestation.
La mienne et celles des diverses entreprises qu’il a embauché…

Je n’ai dit au revoir à personne, j’ai juste fait une bise à Lucie en lui filant mon numéro de téléphone et mon adresse MSN, en lui faisant promettre de m’appeler. Je n’ai pas eu beaucoup à insister, en fait, à mon grand plaisir. Elle était dégoutée de me voir partir, et j’ai été touché quand elle m’a dit que de toute façon elle avait vu que je n’avais pas ma place ici.

Et voilà ça c’est fait !!! J’en profite pour régler la paperasse, file directement aux Assedic et envoie quelques courriers administratifs. Je me connais, si je ne le fais pas immédiatement, ça va prendre la poussière sur un meuble.

Je m’arrête devant la voiture garée à côté de chez moi. Merde, trois PV. J’ai complètement zappé que j’étais sur une place payante. Je déchire les amendes et les balance dans le premier container sur mon passage, et je monte chez moi.

Je regarde l’heure sur ma montre avant de prendre l’ascenseur, onze heures onze !!!! Je suis étonné de revoir cela, quel hasard, c’est peut être mon chiffre porte-bonheur. « Faudrait que je place ce numéro dans une course » pensé-je, en souriant.
J’entre chez moi, j’ouvre tous les volets et laisse les fenêtres ouvertes pour aérer les pièces, je rebranche mon téléphone, internet et tout ce que j’avais éteint.

J’appelle ma mère vite fait, elle m’avait appelé plusieurs fois et tel que je la connais, elle a du s’inquiéter, je lui en ai fais voir de toutes les couleurs la pauvre. Même à mon âge, elle ne peut s’empêcher de se faire du souci, craignant de devoir me voir au parloir, à l’hôpital ou pire encore. Depuis la mort de papa, je fais extrêmement attention à elle, je la chouchoute, encore plus depuis que j’ai rompu avec mon ex, faut dire je l’avais bien oublié à cet époque.

J’ai envie de cuisiner aujourd’hui, je fais rapidement l’inventaire du contenu de mon frigo et mes placards, puis opte pour des tagliatelles aux fricassés de curry. Je me roule un joint tout en préparant cela, me mets à table et me pète le bide en regardant les Simpson à la télé. Pour fêter l’occasion, je me descends une demi-bouteille de rosé, et trois verres d’armagnac en digeo. Je bois tellement rarement, que je finis beurré, affalé sur le canapé. Je m’envoie un bon thé à la menthe, me roule un pète, et comate trois bonnes heures.

Je me retrouve dehors en fin d’après midi et file faire quelques courses. J’en profite pour déplacer la voiture et appelle ma mère pour savoir si elle a besoin de quelque chose, histoire qu’elle profite du fait que j’aille au supermarché. Bien entendu je la connais par cœur, je ne l’appelle qu’une fois en bas de chez elle, la laisse quelques secondes faire semblant de m’énumérer ce dont elle a besoin, attends le moment où elle fait semblant d’être gênée en me disant que c’est plus pratique si elle vient avec moi, que sa mémoire lui reviendra en étant dans les rayons, et qu’au moins elle surveillerait le contenu de mon caddie pour pas que j’achète n’importe quoi.

Je lui dis de descendre. J’aime bien faire les courses avec elle : j’y vais qu’une fois par mois maxi, mais toujours et uniquement avec elle.
Plutôt que de l’entendre me dire qu’elle ne veut pas me déranger, qu’elle sait que je n’aime pas ce genre de truc, je la laisse croire qu’en fait c’est un hasard, et je la vois alors toute contente de choisir pour moi, me conseiller sur certains produits… Il faut presque que je me batte avec elle quand j’achète, selon elle, des cochonneries, de l’alcool ou des produits de marque, alors qu’elle me fait l’apologie des premiers prix qui, selon son expérience, ont le même goût que les autres, et que seule l’étiquette change.

Quelques noms d’oiseaux contre la société de consommation, et le même scénario à la caisse quand je ne la laisse pas payer. Ce qui implique, vu que j’ai toujours le dernier mot, que je doive manger chez elle. Et nous passons la soirée ensemble, je l’embête dans sa cuisine en lui disant exprès qu’elle devrait cuisiner comme ci plutôt que comme ça. C’est radical à chaque fois : elle s’enflamme et m’envoie dans le salon en pestant.

On se vanne tout en se remémorant les vieux souvenirs, toujours les mêmes, on parle de papa et de son fameux caractère. Je l’entends émettre ses avis et jugements en regardant les infos tout en me foutant de sa gueule. Elle me raconte sa vie, celle des voisins. J’ai droit au couplet qui dit que je mérite une femme bien, pas comme la dernière, que je devrais à mon âge penser aux enfants, à un boulot plus à mon goût. J’évite soigneusement de lui parler de ma démission, là elle va vraiment s’inquiéter sinon.

Puis elle m’engueule parce que je veux l’aider à débarrasser et m’ordonne de prendre le café sur le fauteuil que soi-disant j’aime bien, celui dans lequel papa aimait se vautrer des heures.

On regarde le début d’un film, je la regarde s’endormir à la première demi-heure, prends un petit plaisir personnel à la regarder dormir un petit moment. C’est une scène qui me fait chaud au cœur, je ne pense à rien, à chaque fois je fixe juste son visage, je crois que c’est un des rares moments ou je ressens de l’amour. Puis je la réveille, la laisse me dire qu’en fait elle ne dormait pas, je lui demande alors de m’expliquer de quoi parle le film, elle me regarde en rigolant, je l’accompagne se coucher et lui fais un bisou sur le front dès qu’elle dort.

Je récupère les produits frais que j’ai mis dans son frigo, ferme la porte à double tour derrière moi avec le double de ses clés que je ne quitte jamais et rentre chez moi.

Cela fait plus d’un an que j’ai quitté Christine et que je vis seul, et c’est vrai qu’à ces moments où je rentre chez moi le soir, j’aimerais bien qu’on m’attende. En attendant je range moi-même mes courses, j’allume le pc, me roule une clope et demie, je n’ai pas sommeil, et m’installe sur mon fauteuil.

En me connectant sur MSN, je vois que Lucie m’a déjà entré dans le sien, j’accepte l’invitation, mais elle n’est pas connectée. Je me lève et vais me servir un petit scotch. Une fois de nouveau devant mon écran, je me remémore ma conversation avec Joaquim, je tape dans google « Psychologie Esotérique », mais comme il me l’avait annoncé il n’y a rien à ce sujet, que quelques sites sans intérêt. Je recherche ensuite Siddhas et Rishi, d’innombrables liens plus pourris les uns que les autres me font piquer du nez pendant plusieurs heures. Je ne sais même pas de quoi ça parle de toute façon ni même ce que je cherche. Puis je tape « l’Âme ». Trois clics plus tard, j’éteins l’ordi, les yeux et le cerveau explosés, et file au pieu. Dans la semaine j’irai voir Joaquim, ça me fait plaisir l’idée de le revoir et en plus j’ai hâte d’en entendre plus. Je m’endors sur cette pensée.

Je viens de passer une semaine sans quasiment sortir de chez moi, passant mon temps sur le net, à regarder des films, lire et fumer des joints. En fait je pense que je ne sais pas par quel bout entamer cette nouvelle vie, ce nouveau tournant que j’ai décidé de prendre. Je ne me sens pas mal, mais pas très bien non plus.

Je suis content de ne plus travailler, en vérifiant le solde de mon compte courant et d’épargne, j’ai bien vu que j’ai quelques quatre mille euros d’avance, pas de stress niveau tune, sans compter que les allocations chômages vont tomber. Trouver un nouvel emploi pour le moment est hors propos, primo je ne sais absolument pas dans quel secteur m’engager, me former. Même pas en rêve.

Je n’ai plus aucune envie de voir mes anciennes fréquentations, et mise à part ma mère, je suis bien obligé de constater que je n’ai personne. Je pense de temps en temps à Lucie, j’espère quelque part qu’elle va m’appeler, mais je vois ça seulement comme quelques soirées agréables, et rien d’autre. Je n’appartiens pas à son monde, et excepté la douceur qu’elle dégage qui m’est vraiment agréable, sa gentillesse et son petit corps, je n’ai pas vraiment grand-chose à lui dire, ou faire avec.

Il y a bien Joaquim mais, en me souvenant ses propos, que je saurais quand revenir le voir, je n’éprouve aucun motif valable à part que je m’emmerde pour le moment.

Et si je changeais d’air ? Je ne suis quasiment jamais parti en vacance ! J’ai bien, durant ma relation avec Christine, été en Espagne, aux Baléares, puis visité les Cyclades en Grèce, Mykonos, Paros et Santorin, visité Athènes. Quelques semaines à Calvi en Corse. Et quelques régions de la France. Mais bon c’était ses vacances à elle pas les miennes. Passer mon temps à visiter tout ce que nous conseillait le « guide du routard », prendre des photos à chaque fois pour bien montrer que nous y sommes allés… Je me suis fais chier comme un rat mort.

Puis je suis également allé en Algérie, le pays de mon Père. Cela fait un bail que je n’y ai plus été. C’est clair que je n’aime pas sa famille, les seules choses qui les intéressent quand je vais les voir, c’est que je puisse leur permettre de gagner la France, ou que je leur apporte des cadeaux.

Je les comprends quelque part, certes, mais cette notion de profit prend le pas sur la notion de famille, et ils ont tellement profité de la gentillesse de papa avec cela, qu’ils me debectent. J’ai bien une cousine que j’apprécie beaucoup, mais si je la vois elle, je vois tout le monde.

En revanche il me vient une super idée, qui m’emballe vraiment sur le coup. Papa a une petite ferme au Sud Est d’Annaba, Ouled Driss à quelques kilomètres de la frontière tunisienne, plantée au milieu de la nature, sans âmes qui vivent à des kilomètres à la ronde. C’est assez rudimentaire certes, mais non seulement je n’aurais pas de logement à payer, je n’aurais personne à voir, et en plus je n’aurais plus à me forcer maintenant que papa n’est plus là : si la famille débarque, je l’envoie bouler.

Question bouffe ce n’est pas cher et puis j’emmènerais des provisions, il y a l’électricité, pour l’eau ce n’est pas la même, il faut faire le plein de sept à huit heures le matin car le reste de la journée ils coupent l’alimentation, mais plus jeune je prenais plaisir à passer mon temps dans la rivière qui jouxte la ferme, dans cette source d’eau gazeuse naturelle.

Je vais partir en bateau, comme ça je prends la voiture, l’embarcation est au port de Marseille, à deux cents kilomètres de Nice seulement. Deux heures de route en roulant tranquille. Je me casse deux, trois semaines, ça me fera un bien fou, j’y verrai peut être plus clair quant à mon avenir, je pourrai me vider la tête loin de toute cette merde où je patauge. Mes soucis viendront avec moi c’est sûr, mais l’air frais, l’absence de ce brouhaha quotidien et de mes mauvaises habitudes ne pourront que m’être bénéfique.

Putain tout ça me fait retrouver le sourire ! Je me jette sur le pc, trouve au bout d’une demi-heure une place sur le bateau qui assure la liaison Marseille/Annaba à peine dix jours plus tard. J’appelle l’agence en question et prends rendez-vous.

Deux heures plus tard je me retrouve avec les billets en main, je me sens tout léger, c’est vraiment agréable.

Sur le chemin du retour je m’arrête chez maman, pour lui annoncer la nouvelle d’une part, et d’autre part, comme elle s’y est rendue l’an dernier, quand elle est partie se recueillir sur la tombe de son défunt mari, pour qu’elle me fasse un topo du lieu, histoire que je ne me retrouve pas dans la merde en oubliant l’essentiel.

Elle non plus n’apprécie pas particulièrement la famille de papa. Etant française, elle fut souvent l’objet de quelques railleries et de piques acerbes comme elle ne voulait pas se convertir à l’Islam. Mais maman était bien plus ouverte que moi et passait outre les comportements de certains. Elle me disait souvent que la connerie n’avait ni race, ni couleur, et ne voulait pas assombrir l’hospitalité, la chaleur de cœur des Algériens, cette fierté qui les définit et leur caractère empreint de jovialité et d’humour.

« L’Algérie est un pays magnifique, me disait-elle souvent. Je ne jugerais pas de son état à cause de quelques Généraux avides et puants, qui tiennent le pays entre leurs serres cupides. » Elle est carrément ravie et émue que je retourne là-bas, elle m’explique avec tous les détails possibles, ce qui m’ennuie un brin je l’avoue, le contenu de la ferme, ses environs, et, pleine de fierté, les aménagements qu’elle a effectués pour être indépendante et ne pas avoir recours à la famille de mon père.

Durant les trois mois qu’elle y a passé l’an dernier, elle a fait poser un groupe électrogène neuf, réinstaller le système électrique, acheter l’électroménager essentiel ainsi que le mobilier. Elle me dit, une fois de plus, que dans quelques années elle irait finir ses jours là-bas pour être enterrée auprès de mon père. Elle m’avoue même avoir fait un crédit pour tous ces aménagements, ses yeux brillent, ça me fait du bien de la voir comme ça, cela ajoute du peps à ce sentiment de bien-être qui m’habite depuis peu.

Je ne coupe pas au déjeuner, et retourne chez moi le ventre plein, avec une liste du nécessaire, assez longue. Sacrée maman, elle me connaît par cœur malgré mon « je m’en foutisme » royal et mon cerveau plein de shit.

Je suis aux anges, c’est bon de se sentir le cœur léger ! Tout ça n’est pas grand-chose, certes, je ne sais pas encore ce que je recherche ici, mais le fait de prendre de la distance avec mon quotidien, me permettra peut être d’y voir plus clair.
C’est comme une retraite au fond de moi. Je n’arrive pas à le faire ici, aucune certitude non plus de le faire ailleurs, mais bon, à quoi bon tergiverser, cela me fait du bien, gardons ce sentiment agréable en moi et puis nous verrons bien.

Les deux jours suivants, je fais une liste, en plus de celle de ma mère, de ce que je vais emporter avec moi et j’emmène la caisse au garagiste pour quelques vérifications, histoire de pas avoir de pépin là-bas.

J’ai hâte de partir, quitter ma petite routine, surtout depuis que je ne bosse plus. J’ai l’air d’un vieux célibataire noyé dans son quotidien sans saveur, un automate qui répète inlassablement les mêmes gestes sans trop s’écarter de cela. En fait je n’ai pas que l’air, j’ai aussi la chanson… J’éclate de rire tout seul en pensant cela.

Je ne parle plus à personne, il arrive que je passe une journée sans dire un mot, perdu dans mes pensées, dans mes rétrospectives, mes joies passées et mes regrets, mais jamais dans le jour présent.

Ce matin j’ai reçu un mail de Lucie, elle demandait de mes nouvelles, me racontant brièvement son monotone train-train au magasin, ainsi que le manque qui y règne depuis que je n’y suis plus. Elle est gentille. Je l’ai vu plus tard connectée sur MSN, mais je n’ai osé lui parlé, en fait je ne savais pas trop quoi lui dire.

Je reste devant mon pc, l’air perdu, et je me dis : « allez invitons là, nous verrons bien ce que cela dit !» Une présence féminine à la maison me fera du bien, je vais tenter le diner à la maison, le restau ça me branche pas trop, je n’ai aucune envie de me mêler à la foule, de parler au gens.
Si elle accepte tant mieux. Je lui fais un mail court, lui disant que ça me ferais plaisir de la voir, fixe un rendez-vous pour ce vendredi à vingt heures, chez moi, en expliquant qu’au bout de tous ces mois il serait sympa de se voir en dehors du boulot. L’appréciant beaucoup je me demande pourquoi je ne l’ai fait plus tôt et l’embrasse.

Putain je m’emmerde sévère, seule l’expectative de mon petit voyage me procure du bon temps, je m’y perds en pensées, m’y projetant déjà. La journée est passée assez rapidement, je dois être à mon dixième joint, il ne me reste pas grand-chose à fumer. J’appelle mon livreur préféré, commande mon sandwich préféré et vingt-cinq grammes, avec le code que nous avions convenu, discrétion oblige, « t’as le bonjour de Babeth, appelle-la, elle est en manque ».

Me voilà quelques heures plus tard le bide plein, réapprovisionné. Quand j’y pense, malgré un certain effroi, ça ne me fera pas de mal de passer trois semaines sans fumer. Je ne vais pas m’amuser à transporter du cannabis, et loin de moi l’idée de m’en fournir là-bas. Je suis aux anges, c’est bon de se sentir le cœur léger ! Tout ça n’est pas grand-chose, certes, je ne sais pas encore ce que je recherche ici, mais le fait de prendre de la distance avec mon quotidien, me permettra peut être d’y voir plus clair.
C’est comme une retraite au fond de moi. Je n’arrive pas à le faire ici, aucune certitude non plus de le faire ailleurs, mais bon, à quoi bon tergiverser, cela me fait du bien, gardons ce sentiment agréable en moi et puis nous verrons bien.

Les deux jours suivants, je fais une liste, en plus de celle de ma mère, de ce que je vais emporter avec moi et j’emmène la caisse au garagiste pour quelques vérifications, histoire de pas avoir de pépin là-bas.

J’ai hâte de partir, quitter ma petite routine, surtout depuis que je ne bosse plus. J’ai l’air d’un vieux célibataire noyé dans son quotidien sans saveur, un automate qui répète inlassablement les mêmes gestes sans trop s’écarter de cela. En fait je n’ai pas que l’air, j’ai aussi la chanson… J’éclate de rire tout seul en pensant cela.

Je ne parle plus à personne, il arrive que je passe une journée sans dire un mot, perdu dans mes pensées, dans mes rétrospectives, mes joies passées et mes regrets, mais jamais dans le jour présent.

Ce matin j’ai reçu un mail de Lucie, elle demandait de mes nouvelles, me racontant brièvement son monotone train-train au magasin, ainsi que le manque qui y règne depuis que je n’y suis plus. Elle est gentille. Je l’ai vu plus tard connectée sur MSN, mais je n’ai osé lui parlé, en fait je ne savais pas trop quoi lui dire.

Je reste devant mon pc, l’air perdu, et je me dis : « allez invitons là, nous verrons bien ce que cela dit !» Une présence féminine à la maison me fera du bien, je vais tenter le diner à la maison, le restau ça me branche pas trop, je n’ai aucune envie de me mêler à la foule, de parler au gens.
Si elle accepte tant mieux. Je lui fais un mail court, lui disant que ça me ferais plaisir de la voir, fixe un rendez-vous pour ce vendredi à vingt heures, chez moi, en expliquant qu’au bout de tous ces mois il serait sympa de se voir en dehors du boulot. L’appréciant beaucoup je me demande pourquoi je ne l’ai fait plus tôt et l’embrasse.

Putain je m’emmerde sévère, seule l’expectative de mon petit voyage me procure du bon temps, je m’y perds en pensées, m’y projetant déjà. La journée est passée assez rapidement, je dois être à mon dixième joint, il ne me reste pas grand-chose à fumer. J’appelle mon livreur préféré, commande mon sandwich préféré et vingt-cinq grammes, avec le code que nous avions convenu, discrétion oblige, « t’as le bonjour de Babeth, appelle-la, elle est en manque ».

Me voilà quelques heures plus tard le bide plein, réapprovisionné. Quand j’y pense, malgré un certain effroi, ça ne me fera pas de mal de passer trois semaines sans fumer. Je ne vais pas m’amuser à transporter du cannabis, et loin de moi l’idée de m’en fournir là-bas. Se faire lever avec du shit ça peut amener loin dans ce pays, et puis si je veux avoir les idées claires autant le faire bien. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je crois que je n’ai jamais passé une semaine sans fumer.

Je me roule un deux clopes, comme si cette idée me mettait déjà en manque. Je rigole tout seul dans ma barbe. Putain, ça fait deux semaines que je ne me suis pas rasé, j’ai trop une gueule de clando.

Je me sers un Calva et me plante devant le pc, j’ai découvert un site sur les chakra, je n’y comprends pas grand chose pour le moment, mais le sujet m’intéresse et m’interpelle.

J’ai un message. En le lisant un souffle de surprise et d’excitation m’envahit : Lucie a accepté le rencard. Miam, si une femme accepte de se faire inviter ainsi, c’est qu’elle accepte l’idée que ça finisse au pieu. Cette idée me fait surgir un rictus pervers en coin, c’est vrai que je me la taperais bien la Lucie !!!

Ca fait des mois que je n’ai pas baisé. Il y avait bien Véro que je voyais régulièrement, relation cul uniquement, mais bon… ça commençait à vouloir rester le week-end alors que je n’ai jamais menti sur mes intentions. Du coup, quand elle a commencé à laisser des affaires de rechange à la maison, et me demander des comptes parce que je ne lui répondais pas au téléphone, je l’ai viré.

Elle est trop bonne cette salope quand j’y pense, et on s’amusait bien à s’envoyer en l’air toute la nuit, mais on n’en était plus là pour elle. Et plutôt que jouer avec ses sentiments et me mentir sur les miens, j’ai mis un terme à tout ça.

Et puis, comme je ne sors pas, juste boulot, dodo, repas chez maman, ça me laisse pas l’occasion de brancher. En fait je n’y pense même pas, je m’amuse de temps en temps à draguer des meufs sur le net, mais je ne suis jamais allé jusqu’à la rencontre. C’est toujours le même topo avec elles : ou tu corresponds à leurs goûts et couleurs, à la projection de leur idéal, ou elles te zappent. Et moi mon délire c’était justement de leur dire ce qu’elles voulaient entendre, en mesurant le poids de leurs conneries.

Les putes ce n’est pas mon truc. Il y a eu une époque où j’avais le numéro d’une superbe croate qui tapinait sur la Promenade des Anglais, au bord de la mer. Mais bon, lâcher cent euros, pour à peine plus d’une heure d’une baise « professionnelle », malgré son cul de déesse et ses pipes phénoménales, ça m’a vite saoulé.

J’ai de plus en plus de mal à me lever le matin, et de moins en moins envie de le faire. Je suis facilement irritable et, quand on est seul, les excuses pour se bouger sont peu nombreuses.

Là j’ai plus de clopes, presque plus de feuilles à rouler : je dois donc aller au tabac… Fais chier ça me saoule ! Vais me rependre deux cartouches et dix paquets de feuilles au moins je serais tranquille ! Bien sûr, pour m’emmerder encore plus, le tabac du coin est fermé, je n’ai pas les clefs de la voiture et pas envie de remonter pour les prendre… En plus, celle-ci est garée sur une place gratuite et je ne souhaite pas tourner pendant des heures, après, pour en trouver une autre !
Du coup j’y vais à pieds… Dix petites minutes de marche ne me tueront pas, même si j’ai les boules de le faire…

Je sors du tabac et tombe nez à nez avec Joaquim !!!

« -Salut Joaquim, comment vas-tu ? Cela me fait bien plaisir de te voir, je pensais justement à toi ces derniers jours en me disant que je passerais sûrement chez toi et voilà que je te rencontre !!

- Je vais très bien Elias merci, et te voir me fais également plaisir. Et toi comment vas-tu ?

- Pas mal, pas mal, malgré quelques remous dans ma vie en ce moment, je me porte plutôt bien. Je pars en vacances d’ici deux semaines, je vais faire un tour en Algérie, et justement je pensais venir te voir avant d’y aller. C’est fou ce hasard, le tabac près de chez moi était fermé, je ne viens jamais à celui là, et voilà que je tombe sur toi, quelle coïncidence !! »

Il sourit en écoutant mes paroles, toujours cette jeunesse pétillante dans son regard, c’est fou comme voir ce mec me fait du bien. Je le regarde, encore une fois comme s’il attend une réponse venu de je ne sais où, il me fait délirer.

« -Hasard, coïncidence… Voilà bien des mots pour ceux qui croient que leur vie se fait toute seule et sans eux. Moi j’appellerais ça une synchronicité, mais bon je suis un vieux qui s’aventurerait à prétendre que c’est plutôt un signe placé sur ta route, une balise qui te permet de ne pas perdre ton chemin. »

Je ne peux m’empêcher de rire. On peut parler de n’importe quel sujet il me sortira toujours quelque chose de sous sa manche, histoire de me faire gamberger, mais putain qu’est ce que j’aime ça !
Il rie évidemment avec moi, le même air sur son visage que lorsque nous étions sur son balcon. Il est heureux de partager, de toute façon je crois que ce mec est heureux tout court. Je lui réponds :

«- Synchronicité. J’ai déjà entendu ce mot, ou plutôt, je l’ai déjà lu, après m’être tapé quelques bouquins de Freud. J’avais commencé par « l’interprétation des rêves » avec un certain engouement. Le fait que le subconscient s’adresse sous forme de rêves à la conscience objective me passionnait, mais après quelques autres ouvrages je me suis arrêté de lire Freud quand j’ai vu qu’il prétendait que la sodomie avait un lien avec les rapports à la mère !!! J’ai ensuite lu quelques ouvrages de C.C Jung, j’aime bien cet auteur et il parle de synchronicité. Je n’ai pas vraiment compris le sens profond de cela. De mémoire, il explique que la coïncidence des évènements dans l’espace et le temps signifie plus qu’un pur hasard, mais une sorte d’interdépendance particulière d’évènements objectifs entre eux, ainsi qu’avec les états subjectifs de l’observateur.

- Oui, la version de Jung est la bonne. C’est un des rares scientifiques de l’esprit, reconnu et encensé par les académiques, à s’être tourné vers l’Inde et ses Maîtres de Sagesse pour en connaître un peu plus sur le fonctionnement de l’esprit humain. Tu n’as pas compris parce que tu fais dans le compliqué. Pour être plus sobre, une synchronicité est un évènement quelconque qui vient corroborer tes attentes, tes recherches ou tes études. Admettons qu’avant de sortir de chez toi ce matin, et comme depuis plusieurs jours, tu aies tenté de faire un gâteau à la fraise sans y parvenir. Tu te ballades et, en allant acheter de nouvelles fraises pour recommencer, tu passes devant une librairie et jettes un œil à travers la devanture lorsque ton regard s’arrête sur un livre où tu y vois inscrit « comment faire un gâteau à la fraise facilement du premier coup». Voilà de manière simpliste ce qu’est une synchronicité, mon ami.

- Ok, j’ai capté le truc : ici un évènement subjectif, intérieur, mon état d’esprit par rapport à ce gâteau, a eu une interdépendance directe avec un évènement objectif extérieur, le livre, avec comme lien, comme principe direct, ma recherche de recette, de solution pour réussir le gâteau !! Mais alors, aujourd’hui, une synchronicité me fait te rencontrer, un évènement extérieur, représenté par le fait que je sorte acheter des clopes et que le tabac où je me rends habituellement est fermé. Je ne vois pas le principe directeur, je veux dire en quoi cela vient corroborer mes recherches personnelles, si ce n’est le fait que je sois content de te voir.

- Je ne pourrais dire à ta place ce que toi tu recherches. Je ne suis pas toi mon ami, donc si tu ne sais pas toi-même cela t’es dans la merde. »

Le voilà qui s’esclaffe comme un singe, et moi j’en ris tout en fumant des neurones, cela doit me donner un air bien drôle car en me regardant il redouble de plus belle. Le salop ! Ce mec est vraiment original ! Je ne percute toujours pas, il me voit tergiverser et me dit d’un air bon enfant :

«- Tu te compliques l’existence, celle-ci est pourtant très simple, tu ne te poses pas les bonnes questions. Que se passe-t-il dans ta vie ces derniers temps ? Qu’est ce qui préoccupe ton esprit ? Tu pars bientôt en vacances, dans quel but ? Tout est sous ton nez, pourquoi tu regardes à des lieues de toi ?

- Bah, en ce moment c’est le grand chamboulement : j’ai arrêté mon travail, mis un terme à toutes mes relations, je me sens perdu, je cherche comment je peux donner un nouveau sens à ma vie. Je me sens paumé car je ne sais pas comment reconstruire ce que je suis en train de détruire. Ce voyage en Algérie, j’en attends un peu de calme extérieur, un endroit où méditer loin de tout, pffffff enfin je sais plus trop là.

-Ah ! Bonne nouvelle : tu ne sais plus trop. Mais, selon toi, ce que tu ne trouves pas ici, pourquoi le trouverais-tu ailleurs ? Et cela ne te dit pas pourquoi tu me croises aujourd’hui. Tu me fais rire, tout est sous ton nez. Nous nous sommes rencontrés qu’une seule fois, et qu’avons-nous fait ? Nous avons sûrement parlé de comment préparer des insectes grillés en Papouasie ?!?

-Comme tu me casses, j’hallucine ! Nous avons parlé de l’Âme et de Psychologie Esotérique.

-Je ne te casserais pas mon ami, si toi-même tu ne présentais pas tes brèches. Moi je ne casse rien du tout, si ce n’est regarder ce que tu me montres. Mais bon tu me rassures, pendant un instant j’ai cru que tu n’étais pas chez moi ce jour-là et que j’étais le seul à y être et avoir participer à notre discussion. Nous avons parlé d’étude de l’âme, de fonctionnement de l’esprit. Pourquoi me rencontrerais-tu donc aujourd’hui, avant de partir en Algérie, où tu souhaites justement méditer sur le contenu de ton esprit sans savoir comment ni où chercher, alors que tu n’as pas encore mis le doigt sur la substance de ta méditation ? »

Je me sens soudain apaisé, c’est incroyable, comme si tout mon être se détendait d’un coup. Plus envie de me prendre la tête… putain que c’est bon de ressentir cela ! Je souris et lui réponds amusé :

«- Certainement pour me faire inviter à diner et à prendre le café sur un balcon en regardant les étoiles.

-Ah, voilà qui est mieux ! Et t’inviter également à emmener le dessert et le vin, ce mardi entre dix-neuf heures et dix-neuf heures trente ! Qu’en dis-tu ? Sympa comme synchro, non ?

-Le rencard est prit, c’est ok. Merci infiniment Joaquim.

-Oh tu sais mon ami, moi je n’y suis pour rien. Si tu tiens tant à remercier quelqu’un, fais-le envers toi-même, tu en es le seul responsable. Je dois finir mes courses, je te dis donc à mardi. »

Je le salue et retourne sur mes pas. Tiens, du coup, ça bouge là dans ma life, je suis à fond les ballons, je me marre tout seul dans la rue comme un dingue.
Voilà que je pestais comme une hyène à cause d’un détour matinal, alors que sans cela je n’aurais pas croisé Joaquim : deux rendez-vous coup sur coup, je suis surbooké.

J’en profite pour passer à l’épicerie juste en bas de chez moi, achète deux trois trucs, et file dans ma tanière.

Lucie vient bouffer dans trois jours. Je fais un rapide constat des lieux, c’est le souk, pas de gros bordel, mais de la poussière dans tous les coins, des machines en retard, l’évier plein de vaisselle… putain fais chier va falloir que je fasse un bon ménage ! Rien que de prononcer ce mot ça me fatigue…

Je me sers un coca, m’affale sur le canapé, pioche dans le sac une cartouche, prends un paquet de clopes, un paquet de feuilles, ramasse dans ma petite boite un bout de shit et me roule un méga joint.

Je suis bien aujourd’hui, vendredi soir Lucie est là, chez moi, je vais lui sortir le grand jeu, petit apéritif sympa, les femmes aiment bien les hommes qui se démerdent en cuisine, et là c’est mon point fort. Je vais faire de la tapenade et du caviar d’aubergine, avec un petit rosé frais, quelques olives vertes, un peu de ketmia à la pizza. Je ne sais pas trop quoi faire comme plat principal, un couscous ça risque d’être lourd et ce n’est pas comme ça que je veux la remplir. Cette connerie me fait m’éclater de rire juste quand je bois une gorgée de coca. J’ai failli en recracher partout ! Putain c’est fou ça je me fais rire tout seul….

Je sais, je vais lui faire des tagliatelles sauce crème au saumon et basilic, en dessert une simple salade de fruit, des fruits en brochettes tiens, quelques-uns caramélisés, les autres au chocolat. En fait elle est tellement sympa et mimi cette meuf, que le seul fait de l’inviter est un plaisir, je vais juste faire en sorte de passer une bonne soirée et on verra bien pour le reste. D’ici là, ménage et courses !!!!

Vendredi matin et j’ai toujours rien foutu. Je n’en suis même pas étonné, ça va être la bourre aujourd’hui, mais bon ce n’est pas comme si j’avais tous les jours quelque chose à faire. Il n’est que six heures trente, j’ai tout le temps qu’il me faut, juste à m’organiser. Vers neuf heures je fais les courses, j’ai intérêt de faire une liste pour ne rien oublier ou je sens bien que je vais enchaîner les allers-retours et ça va me saouler. Puis j’enchaîne ce putain de ménage à fond. Vu la couche de poussière j’en ai au moins pour trois heures, la cuisinière est crade, faut que je fasse une machine avant de partir. Pffffff…

Je me traîne à la cuisine, me fais un café, et m’envoie un pète sur le canapé en écoutant de la musique. Un stylo, une vieille enveloppe et la liste est faite. Au bout de quelques minutes de rêverie classée x, je sursaute, attrape la liste et inscris « capote ». Tiens, manquait plus que je les oublie celles-là, le pur plan foireux pour refroidir une atmosphère.

Dix sept heures, je suis k-o, tout est paré, la baraque brille tellement que je ne me croirais pas chez moi !!! Je n’aurai plus qu’à faire les brochettes de fruits, je le ferai au dernier moment, ainsi que les pâtes. La sauce que j’ai faite déchire sa mère ! Je coupe la pizza en petits morceaux et on est bon ! Une petite douche, un débroussaillage intime et la fiesta peut commencer.

Me voilà une heure plus tard propre comme un sou neuf, je dispose le nécessaire pour l’apéritif sur la table basse, découpe des petites tranches de pains frais et les tartines de caviar d’aubergine et de tapenade et dresse la table. Ca fait des mois que je n’ai pas mangé sur une chaise chez moi, j’en avais même oublié le point de vue. J’ai un peu d’avance, je brûle un encens, découpe les fruits pour la brochette, comme ça je ne galérerai pas à faire ça tout à l’heure. Je mets un cd de Norah Jones en musique de fond, et voilà tout est paré.

Il est presque vingt heures, ça sonne, je décroche, c’est elle, je lui indique l’étage et quelques secondes après, lui ouvre la porte. Je lui fais la bise, formule quelques modalités de politesse, lui prends sa veste, fais une petite visite de l’appart avant de l’installer sur le canapé. Je lui demande si un petit verre de rosée la branche, elle est ok, je vais dans la cuisine et reviens avec une bouteille bien fraîche.

Elle est magnifique, je l’ai toujours vu vêtue de son ensemble gris et ringard du  boulot, un pantalon, une chemise et un veston sans manche, avec son étiquette sur la poitrine la désignant comme vendeuse. Malgré son accoutrement, son petit cul était bien alléchant, mais là c’est une véritable transformation. Je vois pour la première fois ses cheveux châtain mi-long, sans sa foutue queue de cheval vieillotte, elle s’est légèrement maquillée et ses yeux vert- noisette sont vraiment mis en valeurs. Ils se dessinent sur son visage comme deux étoiles dans le ciel, putain qu’est ce qu’elle est canon ! Des chaussure ouvertes, une petite jupe qui laisse s’exprimer une superbe paire de jambes, et un petit haut, ni trop voyant, ni trop fermé : ça ne se voyait pas au boulot mais elle a en fait de superbes seins. Je commence à lui raconter des conneries comme d’habitude, histoire de bien détendre l’atmosphère, de toute façon c’est ce que je fais de mieux. Elle s’éclate de rire et me dit :

« Ça fait du bien de te voir et de t’entendre Elias, tu me manques vraiment au travail, même le patron a fait la remarque et a dit…»

Je la coupe net et lui réponds un brin agacé :

« Ne le prends surtout pas mal, mais franchement je n’ai aucune envie de parler du boulot, on ne s’est jamais vu en dehors de ce contexte, tu as même osé me cacher tous ces mois à quel point tu étais toute jolie de partout, et là je suis limite de te faire la gueule pour cette perfidie et je me demande si je ne vais pas te jeter dehors !!! »

Elle s’éclate de rire en m’entendant, m’envoyant dessus par la même occasion la gorgée de rosé qu’elle venait tout juste d’avaler. Je la regarde en prenant exprès un air indigné, ce qui la fait rire de plus belle. Un peu confuse quand même, elle saisit une serviette en papier posée sur la table basse et tend le bras pour m’essuyer. Je l’attrape par le poignet, lui arrache la serviette de la main et lui dis, d’un ton outré et le visage sidéré :

« Halte-là femme !!! Je te vois venir avec tes grands sabots ! Comme je t’ai fait comprendre que je n’avais aucune envie de parler boulot, tu en as conclu que je t’invitais à forniquer, mais tu utilises un bien vil stratagème pour te jeter sur mon corps innocent et chaste. Tu ne me la feras pas, je ne suis pas de cet acabit, pas de ce monde ! Encore une tentative sournoise de ce genre et c’est la porte !!! »

Je n’arrive plus à garder mon sérieux une seconde de plus, et je pars dans un fou rire, dans lequel elle m’accompagne gaiement, on en pleure, je resserre un verre de rosé, et lui présente les apéritifs en ajoutant :

« Bon ça c’est réglé… je suis désolé mais tu ne me mettras pas sur ta longue liste de conquêtes ce soir !!! Alors, les toasts de couleur verte c’est du caviar d’aubergine et les noirs de la tapenade, je les ai fait moi-même. »

Puis on continue l’apéro, pépère, en s’éclatant, l’atmosphère est totalement détendue, la deuxième bouteille de rosé est déjà bien entamée. Je pense, en la regardant, que ça fait un bail qu’elle n’a pas été elle-même : elle est complètement relâchée, à moitié pétée. Je l’observe en étant totalement sous le charme, pas seulement de son physique, mais de ce qu’elle dégage et qui m’enivre. Elle a une spontanéité qui me désarme et me laisse sans voix, il est simple pour elle d’être heureuse quand le contexte le lui permet ou plutôt quand elle se l’autorise. Il n’émane d’elle une once de méchanceté ou de vice et je pense que c’est ça qui m’attire le plus chez elle. Après avoir passé toute ma vie auprès de son opposé, à côtoyer le contraire de ce qu’elle représente à mes yeux, je suis à la fois émerveillé et désabusé.

Une heure plus tard, alors que je continue à jouer ce rôle de prude mormon qui la met en garde grâce à des allusions qui déforment son comportement, elle s’est totalement prise au jeu. Ce n’est pas la première fois que j’utilise ce stratagème, il est bien ficelé, a l’avantage de faire du « rentre-dedans » sous couvert d’humour et permet des petits regards coquins, des sous-entendus…. A vrai dire, je n’ai aucun doute sur le fait que tout ça va finir au pieu : il est évident que je lui plais car ses petits gestes félins et gracieux tendent en ce sens. Mais là je m’en tape complètement, je passe un moment comme j’en ai rarement passé, et quand on est un taré de solitaire comme moi, qui passe son temps à gamberger, c’est un plaisir qui n’a pas de prix.

Je débarrasse vite fait et l’invite à passer à table. Je lui annonce le menu et ses yeux pétillant de gourmandise m’annoncent qu’elle en salive d’avance. Je passe un moment en cuisine, tout en la regardant à travers le passe qui me sépare du salon. Elle est là, ne pense à rien, ses petites joues rosées par le vin. Comment fait-on, putain de mes couilles, pour vivre ainsi le moment présent sans penser à trente-six mille choses ?!

Je sers son assiette, puis la mienne, et on continue de parler sans se quitter des yeux, riant de tout et n’importe quoi. Après le dessert, je lui propose le café et on se réinstalle sur le canapé. Je lui demande si ça ne l’ennuie pas que je roule un joint, puis on continue notre soirée.

On est complètement pété, elle a même tiré quelques taffes sur le pète, et elle est totale déchirée : j’en ris à en pleurer de la voir bégayer et chercher ses mots. Elle me met finalement une grosse tape sur la jambe, et là je la regarde avec un air sérieux. D’un coup, je lui mets la main sur la cuisse, elle parait à la fois surprise et excitée, non pas du fait que je la touche, cette coquine pose même sa main sur la mienne tout naturellement, mais parce que je prends cet air important. Je garde le silence quelques secondes, toussote comme quelqu’un qui se racle la gorge pour parler de manière claire et intelligible, puis déclare avec le plus grand sérieux :

« Je suis sûr que je t’explose au jeu de voiture sur la console !!! »

Je crois qu’à quelque chose près elle a failli mourir de rire, voire même manquer de s’étouffer ! Quelques minutes après, j’admets que je n’en pouvais plus moi aussi et elle me dit d’un air supérieur et mesquin :

«Pffff petit joueur, je vais te mettre la branlée, tu feras moins le mariole, tu vas chialer ta mère !!!»

Ça l’amuse terriblement de parler ainsi. Je branche la console, mets un jeu de courses de voitures, pose une bouteille d’armagnac sur la table, nous fixons la règle du perdant qui doit un gage au gagnant et c’est parti !!!

Je gagne rapidement les deux premières courses, c’est une pure râleuse, truc de fou c’est plus la même quand elle perd !!! Elle peste, me pousse, insulte la voiture quand elle ne répond pas comme elle le souhaite, et moi pour couronner le tout, tous mes gages sont sans pitié : je prends l’air du gars de 15 ans qui hésite à demander un baiser mais, finalement, je l’envoie descendre les poubelles ! Puis je la fais bisquer en lui expliquant rapidement les étages à descendre et le chemin à suivre pour lui avouer à la fin, qu’il y a avait une trappe juste au bout du couloir au même étage. Pour le deuxième gage, je lui fais une soufflette avec le pétard : c’était sa première fois j’ai cru qu’elle allait mourir. Pour le troisième, je lui demande d’imiter une poule : on en pouvait plus, tel deux ados complètement barges !

On se rend rapidement compte, qu’on n’arrive plus du tout à manier nos manettes et à diriger nos voitures sur l’écran. Elle me regarde, tout à coup inquiète, en me disant qu’elle avait intérêt de dessaouler si elle voulait rentrer en un seul morceau chez elle. A ce moment je la regarde dans les yeux et lui balance :

« Mais tu crois que tu vas partir d’ici ? C’est le début du weekend, tu reprends le taf que mardi, tu ne bougeras pas de chez moi jusque là. »

Elle me regarde en tentant de réfléchir, tout en étant contente de l’entendre. Je me lève, et m’agenouille entre ses jambes, lui embrasse les cuisses en les caressant, passe ma main sur ses hanches et on s’envoie en l’air, jusqu’à épuisement. Le pur pied ! On se réveille la tête dans les choux vers 4h du matin, a moitié à poil sur le canapé. Je me roule un pète en la regardant, quel pied putain, quel plaisir je viens de prendre ! Je lui indique la salle de bain pour qu’elle se lave avant que nous nous mettions au lit. A peine quelques minutes après, je l’imagine à poil sous la douche, et d’un bond je la rejoins, en me déshabillant en chemin.

Quand je lui fis la bise le lundi soir, on se regarda avec tendresse et complicité, sachant que l’interlude hors du temps prenait fin et que tout redeviendrait comme à son habitude. Mais pas de mélancolie ou de tristesse, voire même de regret. On se sourit et elle rentra chez elle. Au fond de nous on savait qu’on ne se reverrait pas, du moins pas comme ça.

Demain soir je vais voir Joaquim c’est génial, je suis détendu au possible, tu me diras après le week-end que je viens de me taper faudrait être marteau ou grave de mauvaise foi pour ne pas l’être. Je n’ai rien envie de faire ce soir. L’air rêveur, je m’allonge sur le lit, m’envoie un pète en regardant le plafond, quand j’entends encore cette voix. Mais cette fois-ci je ne suis ni surpris ni même terrassé par la peur. Encore cette sensation dans mon péricarde, mais pas de crainte de maladie ou je ne sais quoi encore. Simplement ce bien-être qui s’accentue jusqu’à avoir l’impression qu’il se diffuse et s’émane de mes cellules. La voix me dit :

« T’as bien pris ton pied mon cochon hein ?! »

J’avoue que par rapport à ma première impression, la première fois que je l’ai entendu et l’angoisse qui avait suivi, ce sentiment de puissance dans ses mots, cette sensation d’être insignifiant et perdu, fit place à une certaine perplexité. Je ne m’attendais vraiment pas à ce genre de propos. Mais bon je me sens bien là, et qu’importe si j’entends une voix dans ma tête, je n’ai pas envie de me faire chier, et je vais jouer le jeu, allez soyons fou et sans remords de l’être. Tout ceci me fais vraiment sourire, alors je rétorque :

« -Putain grave !!! J’ai encore son goût dans ma bouche, et son parfum sur mon corps. Qu’est ce qu’elle est bonne, c’est un truc de fou, si je n’étais pas aussi chtarbé du ciboulot, je crois que je serais sortie avec, mais bon cela n’aurait pas été aussi bon.

-Cherche pas à savoir dans quelle mesure cela ce serait passé autrement, et profite du plaisir que t’offre cette expérience, grosse andouille.

-Grosse andouille, j’hallucine comme c’est nase !!! T’as pas plus récent niveau feinte dans ton répertoire ça craint là ! Dis moi t’as pas l’air d’être tout neuf toi. »

La voix s’esclaffe en même temps que moi, c’est géant comme sensation, je ne cherche même plus à savoir le pourquoi du comment. Je suis à fond dans mon dialogue avec je ne sais qui ou quoi, en m’étouffant presque de rire quand me vient la pensée de la voix de télé-réalité « Secret story » !!!

« Oui comme tu le dis je ne suis plus très neuf, c’est peu de le dire. Mais bon je ne vais pas non plus te déchirer la tronche en te vannant comme ça la première fois, pour une fois que tu n’es pas perdu dans tes pensées et que tu daignes m’écouter, j’en profite et en prend grand plaisir.

- Rhaaaa la pure excuse bidon ! Mais tu me diras c’est vrai aussi que je prends du plaisir à parler avec toi, c’est comme si on se connaît depuis toujours. Bon vu de loin, c’est clair que j’ai un gros pete à la main et que je parle à mon plafond mais bon, laissons ce genre de détails de côté pour le moment.

-Oui bonne idée ça mon ami, laisse ce genre de détails comme tu dis, sur lesquels tu as érigé ton existence et profitons de ce moment tous les deux.

-Sur lesquels j’ai érigé ma vie….Tu casses l’ambiance là trou du cul, tu me cherches ou quoi ?

-Mais je ne t’ai jamais perdu, et puis je ne fais que développer ce que tu me proposes. Ai-je touché un point sensible ?

-Je ne sais pas, peut être, sûrement même, puisque je m’enflamme. Mais tu m’intrigues là d’un coup, ça veut dire quoi que tu ne m’as jamais perdu ?

-Tout simplement que j’ai toujours été près de toi mon ami, rien de plus, et je trouve que tu n’es pas si intrigué que ça pour quelqu’un qui parle dans le vide.

-Bah alors pourquoi je ne t’entends qu’aujourd’hui si tu as toujours été près de moi ? Et pourquoi m’appelles-tu ton ami ? On se connaît ?

-Tout simplement parce qu’aujourd’hui tu es disposé à m’écouter, et oui nous nous connaissons et tu es tellement plus que mon ami.

-Tu me fais penser à Joaquim tiens sur le coup, répondre sans jamais le faire… Mais au fait qui es tu ?

-Enfin ! Ce n’est pas trop tôt ! Tu poses enfin une bonne question. Je te laisse le soin d’y répondre. »

Là d’un coup une autre sensation me vient, je ne peux pas la décrire. En l’imageant, c’est comme si les vibrations de cette voix éclairaient chacune de mes cellules et me faisaient m’illuminer comme un soleil. Comme si j’étais en face de mon propre corps et que je le voyais scintiller. Puis, sans passer par mon cerveau je réponds :

« Tu es mon Père, mon Tout, mon Dieu !!!! »

Je plane total. Mon corps est comme un grand orgasme vivant, je ne vois plus les éléments de ma chambre, mais un enchevêtrement d’énergie étincelante. J’ai l’impression que je vais me disséquer et me fondre en moi-même !!!! Puis la sensation s’estompe doucement, et tout redevient normal en quelques secondes, mise à part cette légère vibration au milieu de mon cœur, comme un petit vrombissement de moteur d’un frigo qui dégivre. En même temps, ne mettant pas en doute un seul instant le contenu de mes propos et la sensation qui parcourt tout mon être, je me dis : « merde comment tu viens de parler à Dieu !!! »

Dieu, voilà bien un principe sur lequel je ne me suis jamais trop arrêté d’ailleurs. Une seule parole me vient, une seule question survient d’un coup :

« Mais où Es-Tu ? »

A peine ai-je fini ma phrase, que je sens une légère pression, comme un doigt appuyé au milieu de ma poitrine, sur mon coeur. Une manière de me dire : Je Suis là !!!

J’ouvre les yeux, doucement, prends une bonne inspiration et me tourne vers mon réveil matin : il est onze heures onze. Putain je me suis endormi ! Tous les souvenirs de la veille me remontent d’un coup, j’ai l’impression d’avoir seulement fermé les paupières, pour les ouvrir immédiatement.
Le hic c’est que treize heures se sont passées entre !!! Quoiqu’il en soit, et c’est une certitude, ce n’est pas un rêve…. Incroyable, j’ai parlé avec Dieu, bah ça alors. Les questions commencent à fourmiller dans ma tête : ce qui était clair quelques secondes auparavant, commence à se couvrir d’un voile tissé par toutes ces interrogations et ces réflexions qui s’offrent à moi.

Je sonne!eux qui l’illuminent des tons de l’espièglerie et de la joie, par tout son être. Nous allons dans sa cuisine pour poser les deux bouteilles de rosé et la tarte aux fruits frais. Il me propose de prendre l’apéro sur le balcon, proposition que j’accepte d’un sourire ravi avant que l’on s’installe confortablement. Nous discutons quelques minutes de banalités, quand d’un coup je ne puis me contenir et lui lance en nous servant une deuxième tournée de « Roche Mazet » :

« Joaquim, hier soir j’ai parlé à Dieu !!»

Ce n’est que la troisième fois que je parle avec cet homme pourtant, bien que ma déclaration ne fasse pas vraiment partie des propos que l’on puisse tenir face à n’importe quelle assistance, je ne ressens ni gène, ni même le sentiment d’être jugé. Je lui dis que j’ai parlé à Dieu avec un naturel déconcertant !!
Au fond de moi je sais que je dois le faire et que Joaquim détient certainement quelques informations à me fournir. Synchronicité, comme il me l’a appris récemment, synchronicité !!! Comme je l’avais parié en moi-même il se met à rire avec une sorte de délectation personnelle, et me répond en faisant de gros yeux surpris :

« Non sérieux, tu as parlé à Dieu waouh !!! Tu me diras, après quarante ans, fallait bien que tu te décides à tendre l’oreille, heureusement qu’Il est patient de partout Celui-là. Tu t’es excusé pour la bassesse de ton comportement au moins… !!?? »

Je suis plié en deux et j’en ris aux larmes !! Le con ! D’un côté il me casse en deux et de l’autre il me fracasse les neurones en me balançant des trucs comme ça. Le bougre rit encore plus que moi.

« – Non je ne me suis même pas excusé, je l’ai même insulté avant de savoir qui Il Etait .

- Tss tss, non seulement tu parles avec des inconnus mais en plus tu les insultes, belle mentalité, ton compteur karmique en prend un coup là. Il ne serait pas étonnant de voir ta prochaine incarnation en mulet .

- Enfoiré, comme tu kiffes trop de me taillader là, j’hallucine ! Mais, dis-moi, tu Lui parles toi aussi ?

-Ah bien-sûr que oui ! Je ne suis pas fou moi, je n’ai nullement l’intention de me voir charger de victuailles, me prendre des coups de bâtons en courant après une carotte accroché à un bâton…»

Impossible de rester sérieux avec ce type, pourtant je sais bien qu’au détour d’un rire il va me sortir un truc de dingue qui va me laisser sur le cul.

On finit notre verre et il m’invite à passer dans le salon pour qu’on se mette à table. Histoire d’attaquer le dîner pendant qu’on peut encore se lever. Il nous a préparé en entrée une petite salade tomate, mozzarella avec du jambon de parme le tout agrémenté de pistou, cet assaisonnement purement du Sud fait d’huile d’olive, de pignon et de basilic, d’ail et d’anchois. Un vrai régal.
A peine notre plat entamé, il me demande :

« As-tu un doute, un seul, que cette voix avec laquelle tu t’es entretenu sois Dieu ? »

Je ne réponds pas tout de suite, je continue à manger doucement ma salade, mastiquant soigneusement en même temps que je me penche sur sa question.

« – Non je n’ai aucun doute qu’il s’agit bien de Dieu. C’est étrange mais c’est comme si tout mon être l’avait reconnu, chaque atome de mon corps. Mais une chose me turlupine, ça peut paraître dément voir orgueilleux, j’ai le sentiment qu’il s’agit de Mon Dieu, le mien à moi, pas ce Dieu Universel, Unique et à « tout le monde ».

- Bien, ne compliquons pas les choses. Tu as tort et raison à la fois. Pour le moment, disons que oui ton intuition est bonne, il s’agit bien de ton Dieu. Disons, et je le répète pour rester le plus simple possible, pour ne pas alourdir ton expérience de mots trop savants ou de tout autre principe spirituel, qu’il existe Dieu Le Tout, un Dieu comme tu l’as exprimé avec tes mots, « pour tout le monde », mais que chaque être humain de cette planète a également son Dieu personnel en lui-même, et qu’il n’y a pas d’exception à cela. Pour faciliter notre dialogue, utilisons si tu le veux bien, le vocabulaire propre à la Psychologie Ésotérique. Et nommons ce Dieu personnel en chaque homme le Soi Divin.

- Ok ça roule, un Dieu Le Tout pour tous, et un Soi Divin pour chacun. Même pas j’explique toutes les questions qui viennent m’envahir, mais bon j’ai l’intuition qu’il me suffit juste pour l’instant de me contenter de ce que tu me dis, comme tu me l’as suggéré, de rester simple et d’y aller pas à pas. Cependant l’une d’elles me paraît quand même déconcertante : quand j’ai demandé à mon Soi Divin où Il était, il m’a répondu par le biais d’une sensation physique et j’ai ressenti un point vers le centre de mon cœur.

- Tu fais bien d’écouter ton intuition Elias, tu fais bien… Alors effectivement, ton Soi Divin, du moins une partie de lui réside au cœur de ton être et, pour plus de précision, dans l’oreillette du ventricule droit de ton cœur. C’est l’Étincelle Christique, l’Atome Germe, la Flamme Violette etc… J’aime bien le Sanskrit donc j’utilise pour ma part le mot « Atma ».
C’est très simple : imagine ton Soi Divin sous la forme que tu souhaites lui donner, je ne sais pas moi, une boule de lumière, un Ange avec de grandes ailes, une étoile… fais comme tu le sens. Imagine, que chaque atome qui compose cette forme que tu as mentalement dessiné, soit de l’énergie, des particules de lumière pure.
Et que Atma, dans ton cœur, soit justement une de ces particules. »

S’en suivent quelques minutes de silence. Mon intellect me pose des tas de questions quand mon corps, mon cœur ou mon être, je ne sais comment le définir, prend une grande bouffée d’oxygène. Tout en exhalant, dans un long soupir, une sensation de réconfort, une profonde satisfaction. Joaquim respecte mon silence. Il débarrasse les assiettes que nous venons de finir. Et revient avec deux autres, cette fois garnies d’une belle part de lasagne, dont la vue et le parfum me sortent rapidement de mon état. A peine la première bouchée entamée, je le félicite pour ce délice. Quelques minutes supplémentaires se passent dans le silence. Quand il me fixe d’un coup l’air inspiré et me dit :

«Une nouvelle façon de voir la vie s’offre à toi Elias. Ne t’en inquiètes surtout pas, si cela arrive c’est que tu es prêt pour cela. Tu vas avoir certaines prises de conscience, quelques expériences qu’il t’appartiendra de vivre ou non. Quoi qu’il en soit, je te suggère de rester centré en ton cœur, en Atma le plus souvent possible et tout se passera bien. »

On continue de discuter comme cela, en passant par dessert et café. Le repas fut copieux et excellent. Quelques heures plus tard, je le quitte avec reconnaissance pour cette soirée. Compliment qu’il ne tarde pas à me retourner aussitôt. Il me souhaite bon voyage, heureux à l’avance de notre prochaine rencontre.

Le réveil sonne et me réveille à six heures du mat… J’ai grave la tête dans le cul. J’éteins l’alarme et prends une profonde inspiration, il faut que je sois à onze heures à Marignane, l’aéroport de Marseille à deux cents bornes de Nice. Mes bagages sont prêts, billets, pièce d’identité et passeport également, je n’ai plus qu’à me doucher et boire mon café en fumant mon dernier joint avant deux semaines. Sa mère, l’angoisse quand même, je n’ai jamais passé une telle période de sevrage. Même en cas de pénurie j’ai mon bout de secours, ou je me démerde à trouver de quoi « toucher ». Mais bon « t’affole pas Elias, me dis-je tout bas, ça va te faire du bien !!! ».

Et me voilà en fin de soirée, après un voyage passé sans encombre, en Algérie dans la ferme réaménagée de mon père. Tout est nickel, franchement maman t’assures trop grave !!! Après un repas frugal, je me jette dans le lit et m’endors pour la première nuit de mes vacances loin de tout mon train-train quotidien….

Le chant d’un coq me sort de mon sommeil. Un sommeil profond et reposant. Je me sens bien. Je m’étire doucement, reprenant mes esprits. Je n’ai pas le souvenir d’avoir rêvé, pourtant j’ai la vague impression d’avoir « voyagé » cette nuit. Je n’ai aucune idée de ce que je vais pouvoir bien faire. C’est bien beau de s’enflammer et de se casser comme ça, mais qu’est ce que je vais foutre ici ??!!

A peine ma phrase achevée, que les signes précurseurs d’un « speech » de mon Pote arrive. Mon atome germe qui se stimule doucement, et j’entends :

« T’as tant besoin que ça de programmer tes activités à l’avance, pour pouvoir te dire que tu vas t’amuser. Après quarante ans nourris par ce genre de projections et leurs résultats, je pensais que tu aurais besoin d’autre chose…»

Je « vois » mentalement un sourire en coin, à peine dissimulé par un semblant de voix autoritaire.

« Enfoiré !!! A peine les yeux ouverts que tu m’allumes ! Tu pourrais dire bonjour déjà malpoli .»

Je suis mort de rire tout seul et ce fourbe qui enchaîne :

« C’est pas ma faute moi, dit-il avec le regard d’un chaton triste, si à peine les yeux ouverts tu pars en sucette. Et pourquoi te dire bonjour, nous avons parlé toute la nuit, ce n’est pas de ma faute si tu m’as faussé compagnie en te réveillant…. »

Argh le chien, il me fait péter le neurone cash !!

« -Comment ça on a parlé toute la nuit et je t’ai faussé compagnie… ? Qu’est ce que tu racontes là, t’as méfu du teuch divin c’est ça ??!!!.. Bon je vais faire comme avec Joaquim, j’ai capté, pas d’usage du cerveau, juste de mon ressenti, ok ça va…

- Alléluia, après tous ces siècles tu te décides enfin, me répond-il en riant.

- Qu’est ce que cela signifie, que lorsque je dors, je pars ailleurs ? Enfin si mon corps physique est au repos, est-ce que je voyage en esprit ? Enfin, je veux dire que mon âme justement, mon corps psychique, n’est plus limité par mon enveloppe charnelle et que ma conscience peut donc vaquer à d’autres occupations ? Tin c’est chelou de dire ça, mais où elle va alors, où je vais, qu’est ce que je fais donc moi la nuit !!! En plus avec toi… Si encore tu m’avais dis que j’étais avec deux trois blondes à fortes poitrines, ça passerait mieux!»

Il rit encore, de toute façon je me demande s’Il sait faire autre chose. Sa race, je me suis bien imaginé Dieu de mille façons, mais jamais, « jamais ! », je pensais qu’Il puisse être aussi « cool ». Enfin, je veux dire par là, que son langage et son humour soient si humain. De plus, surtout en bon musulman, je n’aurais jamais pu imaginer parler à Dieu comme à un pote comme je le fais avec Lui. Je pense que je projetais plutôt l’image d’un être blond aux yeux bleus, avec une barbe, des sandales, vêtu d’une longue toge blanche et d’une corde lui ceinturant la taille.

Puis Il changea de ton, c’est étrange, et comme à chaque fois, comme à chacun de ses mots, toutes les cellules de mon corps se teintaient selon la nature de ses propos. Là, je sentis comme une sorte de profond soulagement, mêlé de plaisir, c’est dur à expliquer. Je sentis mon cœur se serrer et je crois que j’aurais bien pu pleurer par tous les pores de ma peau. Il me dit :

« Ah mon Fils, si tu savais depuis combien de temps j’attends ce moment. Depuis combien de siècles je patiente, afin que tu ne me mettes pas sur un piédestal inatteignable. Que tu ne fausses pas nos rapports à cause de tes croyances et tes projections religieuses et ridiculement humaines. Si tu savais combien d’incarnations tu as passé sans même oser me regarder un instant, sans te prendre pour un misérable pourceau chaque fois que je te montrais un semblant d’amour. Et là, aujourd’hui, tu me parles comme à un Ami. Je suis heureux Elias, je suis heureux. Laisse-moi te montrer un instant comme je t’aime.»

J’étais comme en train de me décomposer doucement, en train de fondre littéralement cellule par cellule. Je vis un rictus sur son visage, ça sentait la patate cette histoire. Non pas, bien-sûr, quelque chose de nocif pour moi, mais ce qu’Il allait me « montrer », comme Il disait et vu son sourire, j’allais m’en souvenir longtemps !!! A peine ma phrase terminée, je me sentis vibrer dans chaque millimètre de mon corps, inondé de chaleur et de clarté. C’est trop chelou à décrire. Je fondis en larmes comme un bébé. Dans un premier temps, je tombai à genoux, je n’avais plus la force de me tenir debout. Puis je me revois allongé face au sol, les bras en croix, me sentant misérable, anéanti, inexistant. J’avais l’impression que mes cellules éclataient partout dans la pièce où je me trouvais, puis reformaient mon corps. Eclataient dans la pièce, et reformaient mon corps, encore et encore. Une fois je sentis mon enveloppe de chair distinctement, l’autre seconde c’est comme si tous les objets qui m’entouraient, faisaient partie intégrante de moi, et moi d’eux !!!!

Je ne sais pas exactement combien de temps à durer cette expérience, cette manifestation d’amour. Deux minutes, deux heures, deux jours, je suis complètement déboussolé.

Je ne me souviens plus exactement du contenu de ma journée, je crois que je me suis baladé une petite heure, histoire de prendre un peu l’air, visiter les environs. Je ne me souviens plus de ce que j’ai vu, si j’ai croisé quelqu’un. J’avais juste un large sourire aux lèvres. C’est comme si mon corps se promenait, guidé par je ne sais quoi ou qui. Quant à mon esprit, lui, il était en un autre monde. Mais mon attention ne s’est portée sur aucun de ces deux lieux. C’est assez étrange comme sensation. Ni agréable, ni désagréable, simplement étrange. Le pire c’est que cela ne me préoccupait même pas, je ne me posais aucune question particulière, sur le pourquoi du comment de la chose. Puis, en fin de journée, je « repris » possession de mon corps, mon attention mentale se retrouva « ici-bas », si je puis dire. Sans transition, sans effort, j’étais simplement là, d’un coup.

Une grosse dalle me monte, je prends le temps de me faire un bon repas. Mon festin englouti, je décide d’aller faire un petit tour, vu que ma promenade de tout à l’heure n’évoque en moi aucun souvenir, c’est comme si je la faisais pour la première fois. Il fait déjà nuit. L’idée me freine un peu dans mes intentions, car il n’y a pas d’éclairage dehors. Cependant, après quelques pas, un décor magnifique se dessine sous mes yeux. Une superbe pleine lune dans un ciel étoilé et dégagé, offre un éclairage surréaliste. Je suis totalement fasciné par le spectacle. Pas par le paysage en lui-même, mais par l’atmosphère que crée l’éclairage de l’astre de la nuit qui me subjugue et m’époustoufle. Je suis sûr que demain en journée tout ce qui m’entoure aura une autre dimension. Tout est imprégné d’une certaine magie, les couleurs, les ombres, les reliefs ou encore les dessins de la nature s’offrent à moi sous un angle nouveau. J’ai le sentiment que tout vit en fait. Ces arbres là-bas, j’ai le sentiment qu’ils me sourient. Les insectes, ou autres animaux nocturnes, me chantent une ode de bienvenue. Le son même de mes pas sur la terre tinte comme des cloches, un son léger et furtif qui raisonne comme une petite onde que ferait une pierre jetée au milieu d’une mare.

Je marche sans savoir où je vais, en fait je m’en tape grave. Je marche et c’est tout, enivrer par l’instant. J’écoute ça et là les bruits de la nature, guidé par les parfums et les sensations qu’elle me procure. C’est incroyable, j’ai vraiment la sensation que tout cela me parle, cela ne m’évoque pas quelque chose, mais communique avec moi. Putain ferme ta gueule Elias, n’essaie pas d’expliquer ce que tu vis, vit le tout simplement !!!!

Un son qui se détachait des autres se fit plus prenant d’un coup, comme un sifflement, un léger bourdonnement, là vers ma gauche. Sans même que j’en donne « l’ordre » à mon corps, je me dirige vers ce bruit. Après quelque pas, je reconnais le bruit de l’eau, d’un ruisseau ou d’une rivière. Ah oui, en fait il y a dans le coin un petit oued, un cours d’eau qui traverse le paysage sur plusieurs kilomètres. Je me souviens y avoir péché avec mon grand-père et mon père. Cela n’est pas très profond, et quand on connaît le coin on peut même se rendre d’une berge à l’autre sans avoir à nager.

J’irai y faire un tour demain matin. Je suis déboussolé, pas d’affolement ou encore de désarroi, juste sans repère. Tout est plus beau, mes sens sont en éveil et plus affûtés. J’entendrais presque la nature, tout ce qui m’entoure, me parler. A la nuance que c’est un langage que je ne connais pas, pas encore, mais je l’entends. Cette pointe, ce doigt pressé dans mon cœur se fait sentir à nouveau, et au lieu de mots, ou d’images, la sensation qui en découle ressemble à un message, une façon de communiquer. C’est instantané, comme si on en « incrustait » le sens en une seconde et que l’information vienne à ma conscience, mon cerveau en autant de temps !!!! Et mon interprétation était : « Te prends pas la tête et apprécie le moment Elias ».

J’aperçois un petit bout de terre dégagé au pied d’un arbre, vêtu d’une herbe grasse et verte, assez grande pour que je m’y allonge. Il y a une légère pente, l’endroit me paraît confortable, une véritable invitation. Je m’allonge au pied de l’arbre, je suis trop bien, c’est fou. En levant les yeux, je vois les branches, les feuilles de l’arbre, et en toile de fond ce superbe ciel étoilé, surplombé par la lune qui envoie, tel des étincelles d’argent, une pluie de lumière.

Alors que je suis, sans pensées, sans émotions particulières, dans une paix et une sérénité que je n’avais jamais connues auparavant, des fourmillements, partant en vagues d’ondes, de mes pieds à ma tête se font sentir doucement. Des petites vagues successives, qui montent en intensité à chaque passage. Au départ ce qui était comme un frisson qui me parcourt, devient plus profond. C’est comme si les cellules de mon corps, de manière distincte, se mettent à vibrer. Comme si elles sont des abeilles qui battent leurs ailes. Je crois que si je n’étais pas aussi calme et apaisé, j’aurais certainement flippé un brin. Et là, d’un coup, alors que je suis un bourdonnement vivant, l’essaim d’abeilles, se rue vers ma tête et sort de mon front, un centimètre ou deux au-dessus d’entre mes deux yeux. Mon corps ne vibre plus, à vrai dire, j’ai la sensation de ne plus le sentir du tout, comme une coquille vide.

J’ouvre les yeux, pas vraiment affolé, mais quelque chose en moi avait besoin de se rassurer. Et ce faisant, je vois les branches et les feuilles de l’arbre à moins de vingt centimètres de mon visage, alors qu’il y a quelques minutes, j’en étais à trois mètres !!! Mon corps est léger, comme une plume, tel que j’ai cette impression de flotter dans les airs. Les fantômes doivent certainement ressentir cela. Ma métaphore me fait sourire, alors que je me redresse et m’assois.
Là, c’est la grosse halu, je suis assis dans les airs, je flotte tel un fakir en lévitation !!! Un truc de fou, je n’arrive pas à avoir peur, ou a être affolé plus que mesure, du moins aussi normalement que la situation l’exige. Je suis entouré de personne
s, quatre ou cinq je ne sais pas exactement, mon esprit commence a être confus, ils flottent aussi dans les airs, là debout devant moi…

Celui qui est en face de moi, dégage une lumière bleue « électrique » intense sans pour autant aveugler. Il est habillé avec un jean, une chemise à col en « v », des chaussures noires assez classe, mais, chose étrange, je n’arrive pas à discerner son visage. Il y a comme un flou, un écran de fumée qui ne permet pas sa distinction. A ses côtés, les hommes ou femmes qui l’entourent, je ne peux pas faire la distinction, car je ne vois pas leurs visages non plus, sont vêtus d’une sorte de longs manteaux rouges avec une capuche rabaissée sur leurs têtes. Une sorte de lumière, d’aura ou d’énergie, je ne saurais comment la nommer, émane d’eux. Je n’ai jamais vu cette sorte de rouge, il est quasi électrique, comme le bleu de l’homme en face de moi. Il brille comme un diamant, vif, intense, brillant. En fait j’ai l’impression que ces couleurs sont vivantes. Je dois certainement avoir l’air très con là Ils me sourient et me disent bonjour. Je leurs rends la politesse assez timidement et perplexe. L’un d’eux me désigne le sol du doigt. Je me lève, et regarde en dessous de mes pieds, quand j’aperçois un corps allongé qui est le mien !!!

Le con de sa mère !!!!!! Là c’est le bad trip : je suis en bas allongé, inerte, et également ici dans les airs. Une sorte de fil, de corde, est entre nous et semble nous relier. Une corde de couleur bleu vif. Mais putain, ça veut dire que je suis mort !!!!

La sensation de paix me quitte, le trouble prend sa place, la peur, la confusion, un sentiment de vertige. Et voilà que je tombe, très rapidement vers le sol, directement sur mon corps. Une fois atterri, assez brutalement, j’ouvre les yeux en suffoquant, haletant. J’ai mal au corps. Je regarde affolé autour de moi, mais il ne reste plus que moi. Je lève la tête, plus personne non plus. La féerie qui m’entourait s’estompe également, tout est devenu plus terne, plus sombre, ou devrais-je dire, normal.
Je touche mes jambes, mon torse, mon visage, tout est là. Cela me rassure à peine, que
s’est-il passé, suis-je mort un instant ? Ces personnes sont-elles celles qui accueillent ceux qui décèdent et les amènent je ne sais où ? Les questions fusent, mon pouls s’accélère et j’ai du mal à respirer.

Je ressens le besoin urgent de retourner à la ferme, un nécessité vitale de me sentir en sécurité. Sur le chemin du retour, mon corps et mes pas sont lourds, comme si mes pieds s’enfonçaient dans la terre. J’ai une migraine atroce et je grelotte à la fois de peur et de froid. Une fois à l’intérieur, j’ai le réflexe d’enlever mes lentilles de contact, et je fais un bond lorsque j’aperçois mon visage dans le miroir mural : je suis livide, terne, d’obscures cernes noires m’assombrissent les yeux. C’est quoi ce délire, merde ? Je suis en train de crever ou quoi…

Sans prendre la peine de me déshabiller, ni même enlever mes baskets, je m’allonge dans le lit, me mets sous la couverture, grelottant, et m’endors. Ma nuit n’a pas été terrible, cauchemards, suées, nausées et vomissements. En me levant, péniblement, j’ai l’impression d’être un héroïnoman en manque. J’ai mal au dos, je me sens super faible, c’est horrible. Je prends un café, j’essaie de me réchauffer, mais rien n’y fait. En plus de toutes ces douleurs physique, je suis en total bad trip. Je me remémore ce jour, où, chez le psy, je lui ai dit que j’arrêtais de le voir en faisant le mariole, je me sentais trop bien, fort, fier et déterminé. Alors qu’à peine franchit le seuil de la porte de l’immeuble où il a son cabinet, je me suis retrouvé perdu.

Comment ai-je pu m’illusionner à ce point ? Faut vraiment être con !!! Si j’allais réellement mieux, si cet acte était aussi bénéfique que le présumais mon sentiment de satisfaction et de liberté, pourquoi me serais-je retrouvé recroquevillé dans ma voiture, pour m’y endormir comme un sdf alcoolique… ?

C’est pas possible d’être aussi taré, aussi borné et réussir à se mentir à ce point. N’importe quel être sensé, aurait remarqué que quelque chose clochait. J’étais aussi mal car je venais de quitter la personne qui m’aidait, ce fils de pute de psy. Je ne sais même pas pourquoi je l’insulte tout en disant qu’il m’avait aidé. C’est moi le fils de pute, la sale merde, qui crache dans la main de ceux qui lui tende.

En plus d’être malade, j’ai la haine, j’ai une grosse colère noire qui me monte. Et là, perdu au milieu de ce bled de merde, personne pour passer mes nerfs. Je donnerais tout ce que j’ai pour qu’on vienne me faire chier là. Je kifferais trop tabasser quelqu’un. J’ai une envie de me lever et de casser un truc, mettre des coups dans un meuble, un mur, n’importe quoi. Mais je suis tellement mal que je n’arrive même pas à me lever du fauteuil. La seule chose que je réussis à faire, c’est de vomir, genre le remake de « l’exorciste ». J’ai l’impression que je vais crever. Je regarde mon vomi par terre sans avoir la force de me lever pour le nettoyer. De toute façon, j’ai pas envie de le faire, c’est ce que je suis ce dégobille… L’odeur est infecte, au point que je remets ça.

Et ensuite, repartant dans le flot de mes pensées, je me souviens de cette voix que j’ai entendue, quand j’ai croisé la pute avec sa tarlouze. J’ai entendu une voix !!! Mais merde, je deviens schizophrène, je m’enferme chez moi à m’enfumer la gueule comme un ado paumé, et je parle à Dieu. Non mais faut vraiment en avoir une couche. Comment n’ai-je pu voir que je partais en sucette ? Tout ça parce que je parle avec un vieux fou, qui me dit ce que je veux entendre, qui me tend une perche énormissime, afin que je m’en saisisse et me serve d’une excuse extérieure pour arrêter ma thérapie.

Je me tape des hallu de mec défoncé au LSD, en croyant me disloquer dans mon lit et toujours en fumant plus de joints. Paye ton manque là Elias, paye ta connerie et morfle bien comme le sale bâtard que tu es… Le con de sa mère, si j’avais un calibre là, je me mettrais une balle dans la bouche !!!

Ces paroles me brusquent. Moi me suicider ? Pas question ! J’essaie pourtant de m’imaginer la chose, mais même dans l’état de profond désespoir et de haine où je suis, il ne m’est pas possible d’envisager cela. Sale pédé que je suis, je suis certainement trop fier et trop lâche

Des images vont et viennent dans mon esprit, toutes aussi empreintes de colère et de mépris, d’aigreur et de méchanceté. J’insulte tout ce qui se présente dans ce défilement de souvenirs, d’apitoiement et de culpabilité. C’est un cauchemard, je dois être en enfer, l’odeur du vomi et mon mal de crâne seraient même insupportable à un porc.

Voilà que vient à ma mémoire, ma soirée avec Lucie. Tout le flot de mes pensées s’arrête net. Il m’est impossible de l’insulter, de la critiquer, de tenter de la rabaisser ou de la salir. Cela me laisse perplexe. C’est clair que cet être est un diamant pur, un ange. Je ressens comme un sentiment d’amour, salvateur dans ce que je suis en train de vivre, une vraie bouffée d’oxygène au milieu de la puanteur dans laquelle je me trouve. Pas de l’amour envers elle, non, mais pour ce que je ressentais en sa présence. Ce n’est pas de l’amour que j’ai à son égard, mais une sorte de profond respect et d’admiration. Je ne saurais l’expliquer autrement.

Le fait d’aller un peu mieux énerve quelque chose en moi, du genre « attends on est en colère là, qu’est-ce que tu fous ? ». J’essaie alors de me maudire, de ne pas avoir saisi ma chance et d’avoir entrepris une relation avec ce cadeau de Dieu. Cette meuf qui représente un idéal féminin, et un canon en plus !!!

Mais ça ne tient plus la route, je sais au fond de moi que j’aurais sali cette meuf. Je suis trop tordu et à mille lieues de sa pureté pour que cela fonctionne, puis mon sens inné de la manipulation et du mensonge aurait sévi. Con comme je suis avec les femmes, j’aurais fait comme avec Christine. Je suis perplexe, j’ai ce sentiment étrange d’être plusieurs dans mon corps. Aussi distinctement que mon délire de conversation avec Dieu, je viens de parler avec autre chose que moi…Je me calme, penser à Lucie m’apaise et une voix, quelque chose en moi, ne le souhaitait pas ?!?!

Je reste silencieux, et tente de relativiser, de faire une trame, une ligne directrice, de comprendre vraiment ce qu’il se passe. Heureusement pour moi, j’ai cette faculté intellectuelle de tout remettre en cause, d’analyser froidement une situation, au-delà de mes intérêts subjectifs ou délires immédiats. C’est ce qui m’a permis bien des fois de ne pas partir en couilles, ou de me retrouver au placard.

Je me concentre, le mot qui me vient est synchronicité. Si je n’arrive pas à comprendre la situation, d’émettre l’intention d’y voir clair amènera à moi les réponses que j’attends. Le tumulte et le chaos qui régnaient en moi s’estompent. Je ne peux pas douter de la nature de mon rapport avec Joaquim, ce que je ressentais à la fois en moi et ce qui émanait de lui ne peut être faux. Mes discussions avec mon Dieu, mon Soi non plus. Hors de toute connotation intellectuelle qui tenterait de comprendre plus en profondeur, ou de remettre cela en question, la véracité de ces évènements ne sont pas à remettre en cause. Il faut que je joue le jeu et suive mon instinct, mon intuition. Pour une fois, je vais écouter mon cœur et pas ma tête. Puis si je me goure ce n’est pas grave, ce n’est pas la première fois que je me plante, j’ai toujours refais surface, j’en ai la force et les moyens, nul doute. Au pire, j’aurais eu des vacances. J’ai quitté un taff de merde, j’en trouverais un autre qui peut-être, malgré mon manque d’envie évident de le faire, me plaira plus. Et pour le psy, si je réalise que stopper ma thérapie était une erreur, et que cela soit en fait salvateur pour moi, j’en ferais une autre.

Je me lève d’un bond, comme habité d’une nouvelle énergie, motivé comme jamais, et manque de faire un vol plané en glissant sur mon vomi. Sa race, je suis dégoûté, mais en même temps j’éclate de rire face à la situation. Le gars qui était à moitié mort et au bord du suicide se la pète et se lève comme un champion qui vient de refaire surface après de mauvaises performances, et se ratatine presque dans sa gerbe.

Et c’est en rigolant comme un con que je me saisis d’une serpillière, d’un saut, que je nettoie tout ce bordel. Je n’ai plus mal au crâne, au dos, plus de nausée, c’est même un appétit d’ogre qui se fait sentir. Je fume une clope, mon nettoyage terminé, j’aère la pièce et fais brûler de l’encens puis je file prendre une douche avant de bouffer.

Je monte dans la voiture, branche mon lecteur mp3 sur la façade de mon post, et m’envoie une petite compile de rap français et de r’n’b. Je fais péter les watts et file en direction d’Annaba, à 100 km de là. C’est une ville en bord de mer. Rien de génial à visiter, mais les plages de sable sont magnifiques. Je m’amusais, minot, à marcher à une cinquantaine de mètres du bord, pour avoir l’eau à peine au niveau du torse. C’est trop agréable. A Nice, en plus d’être des plages de galets, bien que très belles, tu fais trois mètres et tu coules…

Je roule doucement, les routes ne sont pas bien entretenues, et il est arrivé à mon père, à l’époque, quelques surprises sur ce trajet. Genre du roule à quatre-vingt kilomètres à l’heure, et d’un coup t’as un trou d’un mètre carré, avec cinquante centimètres de profondeur !!! Je ne parle même pas des conducteurs, ces tarés n’ont pas de problème à doubler sans aucune visibilité dans un tournant. Je me souviens le jour où mon père en était venu aux mains avec un connard qui, manquant de nous tuer en arrivant en face, après avoir doubler une voiture dans un tournant, nous avait crié dessus et insulté car nous étions sur son chemin. Mon père l’avait explosé à coup de crick. Je suis mort de rire en y pensant. Mon père a toujours été quelqu’un de calme et de réservé. En revanche, dès qu’il pétait un câble, surtout si tu t’en prenais à sa famille, c’était un gros sauvage, un fou, et il fallait, pour l’arrêter, soit qu’il fracasse la personne devant lui, soit qu’il meurt. J’ai hélas hérité de cette façon de faire, qui m’a d’ailleurs bien foutu dans la merde, à plusieurs reprises…

C’est quand même hallucinant ce que je viens tout juste de vivre, quel mauvais trip. Comment ai-je pu passer d’un état de légèreté et de paix totale, à cette grosse dépression noire et profonde, pour maintenant rouler en voiture à écouter de la zic à fond, tout ça en moins de 24h ?!!!

Et que m’est-il arrivé sous cet arbre ? Suis-je sorti de mon corps ? Mais comme mon corps était à la fois à terre et dans les airs, ou je me suis dédoublé ou, ce qui m’anime, mon âme, l’a quitté. Donc c’est normal qu’il semblait mort. Enfin, c’est tout ce que je peux en déduire pour le moment, d’après mes discussions avec Joacquim. Putain, j’aimerais bien l’avoir avec moi là.

D’un coup, en me garant sur un parking au bord de la mer, une fois arrivé à destination, il me revient à l’esprit ces mecs que j’ai vu. Celui habillé normalement en face de moi avec son aura, du moins je crois que c’est l’aura, je capte que dalle à ce truc, bleu électrique. Et les autres avec leur sorte de longs manteaux rouges, leurs capuches sur la tête et cette énergie rouge autour d’eux. Pourquoi je ne voyais pas leurs visages ? Et que faisaient-ils, hors de leurs corps eux aussi ? Je n’ai pas vu les leurs à côté de moi, du moins ce moi à terre et inerte pendant que je planais. Ce sont peut-être des fantômes. Bon sa mère, j’arrête de penser à ça, j’ai la grosse migraine qui pointe.

Après une bonne ballade, je me retrouve à la terrasse d’un restaurant, avec vue sur la mer. C’est magnifique, que ce pays est beau. Annaba est une des plus vieilles cités d’Algérie, construite au treizième siècle, beaucoup d’histoire et de monuments au sein de cette ville. Mais elle donne aussi l’impression de s’être arrêtée dans le temps, refusant de se développer et rester une centaine d’années en arrière dans la mentalité de ses habitants. J’ai choisi un resto chicos, l’avantage ici, c’est que le prix de la vie, même pour un endroit à touristes, reste très intéressant, on mange dans un contexte trois étoiles, pour presque rien. Je commande un couscous au poisson, et bave d’envie en attendant mon repas.

Mon attention s’arrête sur une dame relativement âgée, elle ne doit pas dépasser les un mètre soixante, assez fine. Ce qui me frappe, c’est son pas léger d’une part et d’autre part ses yeux, clairs et perçants comme un rapace, qui ont la même nature que ceux de Joacquim. Nous nous fixons quand elle passe devant moi. A ma surprise, elle s’arrête net quelques mètres plus loin, se retourne et regarde dans ma direction. Cependant ce n’est pas moi qu’elle regarde, mais juste à côté. J’ai le réflexe de me tourner vers l’endroit qu’elle fixe, mais il n’y a personne, je me retourne dans le sens opposé, mais personne non plus. Il n’est pas encore midi, et je me rends compte que je suis seul pour le moment sur la terrasse. Ca doit être une tarée !!!

Je continue à l’observer, ce manège dure quelques minutes. Puis, elle cesse de regarder dans ma direction, baisse la tête l’air pensive, et, subitement, d’un air assez décidé, s’approche de moi. « Merde » pensé-je tout bas, «elle me veux quoi la meuf, elle doit flairer le bon coup et va venir me mendier de la thune. » Les touristes sont un excellent gagne-pain ici. Alors que je me demande si je vais lui donner quelques pièces, elle s’arrête devant moi, me regarde avec un sourire, sain, franc et ce putain de regard rieur, espiègle, que je n’ai encore vu que chez Joaquim. A la différence, peut-être, que celui de cette femme semble me traverser. Elle me dit d’une voix douce, affable et pleine d’assurance :

« Bonjour jeune homme, me permets-tu de m’asseoir en ta compagnie quelques instants ? »

Je reste con à ne rien dire quelques secondes. Je suis surpris, car rien en moi ne peut lui refuser de s’asseoir. Me rendant compte de l’impolitesse de mon silence, je lui réponds, un brin gêné :

« Cela ne m’ennuie aucunement, je vous en prie, asseyez vous. »

Elle regarde encore à côté de moi, et me dit :

« – Connais-tu le soufisme ? Les soufis, cela te parle-t-il ? »

- Non pas vraiment, répondis-je surpris, c’est une branche ésotérique de l’Islam je crois, de la religion musulmane, et qui je pense en est à l’origine. C’est connu pour leurs contes et poèmes et les derviches tourneurs, ces mecs qui tourne rapidement sur eux-mêmes pour atteindre un état de transe ou quelque chose comme ça. »

Elle me regarde dans les yeux, déplaçant son regard encore à côté de moi, derrière moi, sourit et poursuit :

« – Bon tu ne connais pas vraiment le sujet, laisse-moi juste te dire, que des membres de ta famille intime, sont de Grands Soufis, et ils souhaiteraient juste que tu le saches, afin que ton esprit aille dans cette direction.»

- Des membres de ma famille ?!?! Aucun membre de ma famille n’appartient au soufisme madame, vous devez faire erreur. Et comment le savez-vous ? dis-je un brin sceptique et agacé, ils vous ont… »

Je m’arrête net, une pointe dans mon cœur se fait sentir. Je connais maintenant ce signal. Elias ta gueule connard, tu captes pas là qu’il se passe quelque chose de spécial… Laisse pas ton intellect foutre sa merde putain, sois attentif et laisse faire, me dis-je tout bas.

« – Je vous remercie madame, d’avoir pris la peine de vous arrêter, et de me parler de cela. Comme vous pouvez le voir, je n’y comprends pas grand-chose, si ce n’est l’intuition de vous écouter attentivement. J’ai vraiment envie d’aller plus loin, d’en savoir plus, prendriez-vous la peine de bien vouloir m’éclairer sur ce sujet, s’il vous plaît ? C’est avec plaisir que je vous invite à partager un repas avec moi, me le permettez-vous ?

- Avec plaisir jeune homme, sache que je n’éprouve aucune peine à venir te parler, encore moins à partager un repas avec toi. La vie n’est que plaisir, et rien d’autre. »

Je passe commande pour elle, à la fois tout excité et anxieux, et nous poursuivons notre conversation. Je ne sais pas ou je vais, ni même ce qu’il en résultera. J’ai juste la ferme intention de laisser mon intellect au placard !!!

« Pourriez-vous me dire, je vous prie, qui sont ces membres de ma famille intime, comme vous dites ? Où sont-ils ? Et comment les connaissez-vous ? »

Elle rit, comme Joaquim, ce qui a effet de me détendre complètement.

« Moi je ne dis rien, je te dis ce que je vois et entends, et tu auras besoin de personnes qui voient et entendent à ta place, le temps que tu enlèves les bouchons que tu as mis dans tes oreilles, et le voile que tu as mis sur tes yeux. Ce qui n’est pas encore chose acquise, ça n’a pas l’air d’être ton désir principal.»

Mange-toi ça dans ta gueule Elias. Cette femme a dans sa façon de communiquer, quelque chose d’impartial, sans concession, le truc du genre guillotine : mets pas trop ta tête là-dedans ou je te la coupe. J’avoue qu’un frison d’effroi me parcourt l’échine. Un truc du style : fais pas le mariole avec elle, elle va te fracasser ton cul. Pourtant à la voir, cette « mini » femme pas grande, fine, qui a l’air de « rien », dégage une force et une assurance qui met à mal un gars comme moi d’un mètre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-quinze kilogrammes….

Ce qui m’interpelle, c’est qu’au travers de son apparence de femme musulmane, de sa position sociale certainement très modeste, transparait quelque chose d’impérial. Difficile à retranscrire. A chaque fois qu’elle parle, de ses deux mains elle se « coiffe » les cheveux sur le côté, d’un geste royal, avec les manières d’une femme de haut rang. Comme un personnage de la noblesse. Pas quelque chose de social, non, elle est noble dans tout le sens du terme. Rien dans son apparence immédiate ne le laisse présumer, mais à son contact direct, rien ne peut le contredire.
Je suis en présence d’une grande dame !!!!

Et comme pour confirmer mon intuition, une douce chaleur, émane du centre de mon cœur, pour le remplir. A ce moment, elle me sourit tendrement, ce qui a pour effet d’intensifier cette chaleur en moi. Elle sait exactement ce qui se passe et ce que je pense.

Et plutôt que de m’inquiéter, cela me rassure encore plus, et je suis d’un coup en totale confiance, sans arme, nu, et prêt à m’ouvrir pour la première fois de ma vie.

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(à suivre)


04 mar 2010

Ils sont venus, ils sont tous là…

Tag: Le cercle des poètes revenusSerge @ 1 h 43 min

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Le Cercle des poètes Revenus

Cet espace a été spécialement réservé à ceux de nos membres du Forum Psukelogos qui aimeraient se lancer dans la poésie.

Qui n’est pas un peu poète, au fond de lui-même ?

Qui n’a jamais songé à prononcer des paroles profondes et empreintes de Beauté ?

Mais qui ose encore, à notre époque ?

Cet espace est donc consacré à ceux qui osent exprimer leur sensibilité créatrice !


04 mar 2010

A vos claviers !

Tag: Essais, Thèses, Romans (extraits)Serge @ 1 h 13 min

Essais, Thèses, Romans (extraits)

Dans cette partie de notre Blog, le lecteur habitué ou de passage trouvera la production littéraire des membres du Forum Psukelogos (Team ou autre)

Extraits de romans, Thèses, Essais et poèmes en prose feront l’objet de parutions et d’éditions régulières.

Merci à tous ceux qui viendront lire et encourager les efforts de nos membres, tout comme ils aimeraient sans doute qu’on les lise et que l’on encourage leurs efforts s’ils se prêtaient eux-mêmes à ce périlleux mais si adorable exercice !





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